Commençons par le commencement : les tatouages éphémères, qu’est-ce que c’est ?
Il y a plusieurs types de tatouages éphémères, ceux que moi je propose sont des tatouages éphémères à base de jagua. Le jagua, aussi appelé Genipa americana est un fruit qui se cultive en Amérique du Sud. Les peuples d’Amazonie l’utilisent depuis des décennies, le tatouage au jagua est un art ancestral pour eux. Le jus de ce fruit va venir colorer la peau d’un noir bleuté sans aucun risque pour cette dernière, et s’effacer au bout de quelques semaines. C’est en associant cette technique au savoir-faire du dessin que je peux proposer des tatouages éphémères 100 % naturels.

Et toi, qui es-tu ? Est-ce que j’ai devant moi la plus grande fan de 2pac ? (Rires)
En tout cas, tu as devant toi une personne qui a été fortement marquée par ce personnage !
Pas seulement en tant que rappeur mais également en tant qu’homme, avec les convictions qu’il portait et tout ce qu’il a apporté de son vivant. Plus de 20 ans après sa mort, on ressent encore l’héritage qu’il a laissé. C’était un visionnaire, un acteur, un activiste, un féministe. Il a été inspirant de par sa volonté de tirer les siens vers le haut, de par sa persévérance et sa rage de réussir.
En tant qu’artiste, il était tout aussi inspirant, original, il ne ressemblait qu’à lui-même et portait ses valeurs coûte que coûte. Il a montré qu’on peut rester fidèle à ce qu’on est, à là d’où l’on vient et quand même viser les sommets sans rien travestir. Il s’est imposé.
C’est tout son univers qui m’a bercé depuis mon adolescence, et c’est évident que mon identité allait en être marquée au point de se retrouver dans le nom de mon entreprise.
Qu’est-ce que c’est bien dit !
Haha c’est juste réel ! Mais en effet, mon entreprise s’appelle All Artz On Me, ce qui est un clin d’œil au son “All Eyez On Me” de Tupac. On pourrait traduire par “tous les arts sont sur moi”, en référence au tatouage qui est une façon de déposer de l’art sur sa peau. J’ai aussi repris la façon qu’avait Tupac de remplacer les S par des Z, pour incorporer une petite dédicace subliminale à l’endroit d’où je viens.
Je suis originaire du 91 plus précisément du quartier des Tarterêts à Corbeil-Essonnes.
Les lettres TZ signifient TarteZoo (surnom des Tarterêts), je me suis évidemment fait un plaisir d’incorporer secrètement ces lettres dans le nom de mon entreprise.
Et derrière All Artz On Me, se trouve Sophia Labed, 30 ans, artiste autodidacte et
passionnée.

D’où t’es venu cette vocation ? En cours d’arts plastiques ? (Rires).
Hahah pas du tout ! Mais pour l’anecdote, ma prof d’arts plastiques au collège, me suit sur Instagram et me félicite souvent !
Je pense que j’ai toujours aimé dessiner, imaginer, créer. Ou plutôt j’ai toujours aimé imaginer des choses, depuis petite, des mondes, des personnages etc, et pour les rendre “réels”, et bien je les dessinais, ce serait plutôt dans cet ordre-là.
Pour ce qui est du tatouage éphémère, ça à commencé avec le henné.
Je suis d’origine algérienne, et nous avons toujours eu la culture du henné, surtout pour les fêtes. Mais ça se résumait à faire une boule de henné, la mettre dans la main , fermer la main et se réveiller le lendemain avec la main toute orange. J’ai toujours aimé, à la fois la couleur et l’odeur. Mais quand on était petites avec mes sœurs, nos cousins aimaient trop se moquer de nous en disant qu’on avait “du caca sur les mains” (les enfants sont trop méchants lol). J’ai pas accepté, et on s’est rebellés !
A l’âge de 8 ans, lors d’un voyage en Algérie, je découvre une technique d’application du henné que je n’avais encore jamais vue. C’étaient des sortes d’autocollants découpés avec des motifs fleuris. De sorte que si on mettait du henné sur nos mains en ayant mis cet autocollant avant, alors on pouvait avoir de jolis dessins avec le henné. Une fois que j’ai découvert ça, c’était mort pour revenir en arrière. Une fois en France je demandais à ma mère de trouver ça. Puis de fil en aiguille, voulant des dessins toujours plus originaux pour mes sœurs et moi, j’ai commencé à acheter des cônes de henné et à imaginer nos propres dessins. Fallait voir comment on se la racontait !
On se la racontait tellement bien, que tout le monde me demandait de lui faire la même chose. Par la suite, à chaque période de fêtes, j’étais chargée de faire le henné à mes sœurs, mes cousines, mes voisines, puis aux copines de mes tantes, aux copines des voisines, etc…
Comment t’es tu formé ?
Je me suis formée seule, je n’ai fait aucune école d’art, de design ou de dessin. J’étais intéressée par plein d’autres choses et je n’ai pas forcément dirigé mes études dans ce sens-là. Je me suis donc formée toute seule de façon autodidacte. J’essayais de m’améliorer chaque jour, d’observer ce que je pouvais améliorer et mieux faire, en observant continuellement mon évolution et en me mettant toujours de nouveaux challenges. La meilleure formation c’est la répétition il n’y a pas de secret. Il faut répéter encore et encore et surtout ne jamais s’arrêter de progresser. Mes sœurs sont passées à la casserole (lol) je faisais que de leur dessiner sur le corps et moi aussi mes cuisses étaient un brouillon humain !
Ma formation n’a pas été sur une période donnée. Disons que depuis le début je me forme et ce jusqu’à encore aujourd’hui. Je n’arrêterais jamais d’apprendre et d’essayer de faire mieux.
Pourquoi as-tu fait le choix de faire des tatouages éphémères et non pas permanents ?
On m’a posé plusieurs fois la question à savoir si j’étais intéressée pour faire du “vrai” tatouage. On m’a même proposé de m’offrir tout le matériel etc…
Je pense qu’il y a déjà bien assez de tatoueurs, et pas assez d’artistes de tatouages éphémères. Donc stratégiquement , il vaudrait mieux rester sur un marché où l’écart entre l’offre et la demande est plus élevé.
Toujours stratégiquement, comparé aux tatoueurs, leurs clients ne sont pas “renouvelables”.
Je m’explique , un client qui se fait tatouer définitivement, plus il viendra se faire tatouer, moins il y aura de zone exploitables sur sa peau. A terme, une fois que le client sera tatoué à hauteur de ce qu’il souhaitait, il ne reviendra plus. Tandis qu’avec le tatouage éphémère, le cycle peut être infini. Le client peut revenir autant de fois qu’il le souhaite, sa peau finira toujours par être “disponible” pour un nouveau tatouage. Le produit est renouvelable à souhait.
Et si je devais répondre plus intimement, je ne nierais pas que l’aspect spirituel entre en compte dans cette décision. Je pense que je ne veux pas prendre la responsabilité… Après chacun son problème !
Et tu sais ce qui est le plus drôle dans tout ça ?
Dis-moi tout !
Mes deux parents sont tatoués.
Haha quel paradoxe ! Peut-on dire que tu es une girlboss partie de rien ?
Oui et non. Dire que je suis partie de rien serait être ingrate envers les choses que j’ai eues.
Je peux admettre que je suis partie de bien plus bas que certains.
C’est vrai que quand on est issu d’un milieu populaire, il y a des choses qu’on n’a pas, comme l’éducation financière, des proches riches lol, les codes de l’entreprenariat, des conditions de vie confortables etc…
Mais être parti de peu, c’est aussi une force. Ne pas être habitué à un certain confort, je pense que ça rend plus téméraire, moins frileux à prendre des risques, plus aventurier. Et j’ai toujours eu avec moi les valeurs liées à l’éducation que j’ai reçue, c’est-à-dire la persévérance, l’humilité, l’espoir, la volonté de m’améliorer. Donc il m’a manqué certaines choses, c’est vrai, et ça a été plus dur, c’est vrai, mais il y a toutes ces choses qui sont venues compenser et qui pour moi sont tout aussi essentielles dans l’aventure entrepreneuriale.
Quelles (ou qui !)-sont tes inspirations ?
Si on posait la question à Sophia de 8 ans, elle répondrait Xéna la guerrière et Pocahontas.
En grandissant, j’ai été très inspirée par Mary J Blige, qui m’inspirait par sa force, son courage, son charisme et sa hargne.
Elle m’inspire d’ailleurs toujours autant.
Mais je suis aussi inspirée au jour le jour par des personnes un peu moins connues du grand public, souvent des femmes entrepreneures.
Parmi elle, il y a Conna Walker , la fondatrice de la marque House of CB. Son parcours est impressionnant, elle est partie de très peu et ne s’est jamais arrêtée d’évoluer.
Elle a commencé en vendant des vêtements qu’elle achetait en gros et revendait sur Ebay. En voulant améliorer son offre et en prenant en compte les remarques des clientes, elle s’est formée de façon autodidacte à la couture et après les cours elle passait ses soirées à retoucher les vêtements, des heures durant. De fil en aiguille, elle a amené son entreprise au sommet, et est aujourd’hui à la tête d’un empire de plusieurs millions de dollars.
Je mettrais aussi Trishonna Helm, ancienne coiffeuse, qui a vite compris qu’il fallait évoluer et a motivé les coiffeuses comme elle à chercher à évoluer, à ne pas rester coiffeuse dans l’entreprise de quelqu’un d’autre mais plutôt évoluer en créant leur propre salon, en capitalisant sur leur savoir-faire et leur expérience. Elle a créé un podcast s’intitulant “Beyond the chair” (au-delà de la chaise) dans lequel elle conseille et motive les femmes à voir au-delà. C’est une sérial entrepreneure qui ne s’arrête plus.
C’est tout autant de profils que je suis au jour le jour et qui m’inspirent au quotidien (je pourrais en citer d’autres comme Jessica Rich, Milan Harris et bien d’autres).
On sait que le henné date d’environ 9 000 ans, dans la cité de Catal Huyuk en Turquie, où le tatouage au henné avait un contexte religieux lié au culte d’une déesse de la fertilité. En terre d’Islam, le henné a un sens symbolique. As-tu l’impression de “moderniser” le henné ?
En quelque sorte oui. Le fait de s’orner la peau est quelque chose de très universel, que l’on retrouve dans pas mal de civilisations.
Pendant des années, au début de ma carrière (genre j’ai une carrière lol), je proposais des dessins plutôt traditionnels, de type orientaux. C’est très beau, mais j’ai rapidement fini par me dire qu’artistiquement, ça ne me stimulait plus.
Je suis certes d’origine algérienne et les dessins orientaux font partie de ma culture, mais mon identité ne se résume pas qu’à ça. Je suis également une enfant des années 90, qui à grandie avec le hip-hop, les arts martiaux, dragon ball Z, etc… Ma culture est très riche et je n’en exploitais qu’une partie.
J’ai la chance de savoir dessiner, pourquoi me restreindre ? J’ai alors commencé à m’exprimer un peu plus à travers mes dessins, en proposant ce que je n’avais jamais vu ailleurs mais qui me plaisait à moi. Il n’y a aucune limite à ce qu’on peut dessiner à partir du moment où on ouvre le champ. J’ai fait ce qui me plaisait, sans rentrer dans aucun moule, avec ma propre vibe, et à partir de ce moment-là, je me suis éclatée !
En associant le savoir-faire du tatouage traditionnel, à celui du dessin, on peut tout faire !
Henné, jagua… qu’est-ce que tu conseilles ?
Pour ma part, je préfère le jagua. La couleur noir bleuté ressort plus, et surtout , le gel de jagua et beaucoup plus malléable et offre beaucoup plus de possibilité de dessin. On peut faire des traits beaucoup plus fins, faire des nuances de couleurs, avec des ombres etc…
Les gens qui viennent chez moi cherchent plus quelque chose qui ressemble à du tatouage, et le jagua s’en rapproche plus.
Sur ton compte Instagram, on ne voit pas de planches comme pour les tatoueurs. Est-ce que chaque client t’envoie un message avec une idée déjà bien définie ?
Mon compte Instagram est une sorte de galerie d’inspirations. Les clients qui viennent vers moi ont parfois une vague idée de ce qu’ils aimeraient. Dans ce cas-là on peut imaginer ensemble leur futur tatouage, et dans d’autres cas les clients ont déjà des images de ce qu’ils veulent.
Qu’est-ce qui t’anime lorsque tu dessines ?
Le dépassement de soi ! Le challenge, j’aime ça. J’aime quand on me met au défi et que je me surpasse pour avoir le meilleur résultat possible. Il y a aussi un aspect humain. Parce que je ne dessine pas sur une feuille mais bien sur une personne qui va porter cet accessoire. Et j’aime beaucoup voir que le client est satisfait, content, qu’il, elle, se regarde dans le miroir et se trouve “frais”, se sent unique. Je suis une personne très empathique, alors la joie que ressent le client, me satisfait tellement. Et je dis “client”, mais chaque personne qui vient chez All Artz On Me a son histoire, c’est tout autant de personnalités, de discussions, d’échanges enrichissants. Les rencontres que je fais avec mon travail sont tellement intéressantes, c’est vraiment un aspect qui fait que j’aime encore plus ce que je fais.
Dirais-tu que c’est un secteur avec peu de concurrence ?
Oui, et je le réalise encore plus depuis que j’ai ouvert mon salon. Les gens se déplacent de très loin pour mes services, je pense que je ne réalise toujours pas. Les clients viennent de Reims, Toulouse, Strasbourg, Besançon, Dunkerque, Bruxelles… et tout récemment de Londres ! Je n’arrive pas à intégrer le fait que des gens prennent des billets de train pour venir se faire tatouer chez moi. Ça montre vraiment qu’il y a un marché à prendre.
On sait que tes 1er prix de tatouages comment à 3 €, ce qui est relativement bas. As-tu souvent des clients qui prennent des rendez-vous uniquement pour deux tatouages à 3 € ?
En réalité, il n’est pas possible de prendre rendez-vous uniquement pour un tatouage mini à 3 €, ce sont plus des tatouages qui sont ajoutés en suppléments lors d’une prestation plus conséquente. Le tatouage à ce truc qui fait que c’est très addictif et qu’on en veut rarement qu’un seul ! Souvent les clients, une fois sur place, ont d’autres idées et ajoutent des tatouages supplémentaires.
Quelle est la grande tendance esthétique du moment en matière de tatouage ?
Il y a des intemporels tels que les roses, les dragons, les serpents.
Les tendances du moment sont les papillons, les signes chinois, et pour les femmes énormément les tatouages en bas du dos (souvent des mots).
As-tu déjà refusé de faire un tatouage à un client ?
Pour le moment je n’ai jamais été amené à refuser un tatouage à un client. Mais en effet, il y a des tatouages que je refuserais de faire si on me les demandait.
Par exemple , je refuserais si on me demandait de faire un tatouage blasphématoire (croix renversée, 666, tatouages sataniques, etc…). Je refuserais aussi tout type de tatouage offensant, raciste, à l’encontre d’une communauté ou d’une autre personne.
Mais pour le moment ça ne m’est jamais arrivé. Je préfère éviter aussi tout ce qui est portrait d’un être cher ou décédé.
Le tatouage, qu’il soit éphémère ou permanent, fait maintenant partie de la culture urbaine et est de plus en plus popularisé. Est-ce selon toi un effet de mode qui s’estompera ou bien une ouverture d’esprit des gens ?
En effet, le tatouage éphémère est de plus en plus populaire et ce dans toutes les couches de la population.Le tatouage de façon générale s’est dé-marginalisé , mais en parallèle, on a un marché qui a explosé : celui du dé-tatouage au laser. Les gens souffrent lol. Ce qu’il manque aux gens, c’est cette alternative, cette possibilité de répondre à une envie qui est parfois impulsive sans forcément s’engager à vie. Il est évident que les gens ont de plus en plus envie et besoin de s’affirmer, de se démarquer, de s’assumer, de communiquer à travers leur apparence. Les gens sont très revendicateurs et veulent affirmer leur identité. Et le tatouage est un vecteur d’affirmation de soi très puissant. Néanmoins, il est très difficile de s’engager à vie. Les modes de consommation ont changé. Nous sommes à l’ère de l’uberisation ! Nous voulons tout et tout de suite mais pas pour toujours. Nos vies sont moins linéaires qu’avant, on ne sait pas ce qu’il peut se passer demain, si on changera de travail ou même de pays. Les gens veulent du “sans engagement”. C’est d’ailleurs le premier argument de toutes les offres avec abonnement. Donc non pour moi ce n’est pas juste un effet de mode mais une évolution à l’image de la société.
Tout récemment nous avons pu voir la création de ton studio de tattoos avec notamment la cagnotte, puis les travaux. Qu’est-ce que tu ressens en te disant que ça y est, tu l’as fait ?
Ça va peut-être paraître bizarre, mais pour moi , je ne l’ai pas encore fait.
Pour deux raisons : la première est que j’ai la tête dans le guidon et que je serais surement la dernière à réaliser ce que j’ai fait. Et la seconde est que tant que je n’ai pas pérennisé ce salon, alors rien n’est fait. Il manque encore certaines choses à finaliser, et comme tout perfectionniste-chiante qui se respecte, je n’arrive pas encore à dire que je l’ai fait tant que tout n’est pas comme je le veux.
On peut venir sans rendez-vous ?
Officiellement non, officieusement oui. Pour des questions d’organisation, je reçois sur rendez-vous.
Mais il arrive parfois que certains clients me contactent le jour même, si j’ai de la dispo, je les reçois.
Et les formations, c’est pour quand ?
Très bonne question. J’ai eu beaucoup de demandes, et oui je compte proposer des formations. Mais je veux qu’elles soient quasi parfaites (perfectionniste VIE) ! En dehors du tatouage, mon parcours professionnel m’a amené à me former au métier de formatrice et à passer également une licence en sciences de l’éducation de niveau II. Transmettre des savoirs, je sais faire. Mais je voudrais prendre le temps de monter correctement cette formation afin qu’elle soit la plus complète et pertinente possible. Mais step by step, je travaille seule, et pour le moment je me concentre sur le lancement du Salon, ce qui demande énormément de travail. Mais je prépare déjà en secret la formation, sans pouvoir pour autant donner de date. J’aimerais que cette formation englobe à la fois les savoir-faire en tatouage éphémères mais également des outils pour pouvoir gérer une clientèle, proposer un service de qualité de A à Z. Je verrais de quelle manière je découpais tout ça mais c’est en cours.
Est-ce que maintenant tu arrives à vraiment vivre à 800 % de ton activité ?
Nous n’en sommes pas encore là. Le lancement d’un salon demande en réalité beaucoup d’argent, de sacrifices, de temps. L’argent généré est immédiatement réinjecté dans le développement et les travaux restants. Il faut savoir que pour le moment je n’ai même pas encore inauguré le salon, je n’ai fait aucune opération commerciale ni sur les réseaux ni de façon locale. Il reste encore quelques petites étapes à passer avant d’annoncer l’inauguration et devenir virale.
Pour le moment je freine volontairement, il faut solidifier le tout avant de provoquer un raz de marée.
As-tu déjà passé des journées sans aucun client ?
Oui ça m’est déjà arrivé. Mais même si je n’ai pas de clients à tatouer, mon travail est beaucoup plus vaste et comprend différentes tâches. Parmi elles, le fait de faire tourner le compte Instagram, créer du contenu pour les différents autres réseaux, améliorer le site internet, travailler sur des projets en préparation (offre de parrainage, carte cadeau, newsletter, etc…), répondre aux messages sur les différents réseaux, faire de la veille commerciale, me renseigner sur les actualités du marché, etc…
Donc en réalité, ne pas avoir de client ne veut pas dire ne pas avoir de travail, et je fais toutes ces choses-là quand j’ai personne.
Fais-tu partie d’une communauté regroupant d’autres jagua-artistes ?
Non, je ne fais pas partie d’une communauté de tattoo artistes. J’ai des connaissances, qui sont soit des tatoueurs soit des tattoos artistes mais ce n’est pas un collectif.
En revanche, je fais partie d’un Club d’entrepreneurs dans lequel il y a tout type de métier.
Ce réseau est national est a été créé par l’association Les Déterminés. C’est une vraie plus value dans ma vie d’entrepreneure.
La meilleure anecdote pour nos lecteurs ?
En faisant mon métier j’ai réalisé deux choses. La première c’est que je ne suis pas
seulement la tatoueuse de mes clients mais aussi leur psychologue lol. Beaucoup de personnes ont aussi besoin de parler, et qui dit longue séance de tatouage dit aussi longue discussion et c’est vraiment un aspect de mon métier que je n’avais pas anticipé. C’est surprenant et intéressant à la fois, et j’aime deux fois plus mon métier grâce à ce côté humain.
La deuxième chose qui m’a étonnée, ce sont les influenceurs ou personnalités avec qui j’ai pu travailler. A ma grande surprise, certains d’entre eux, qui dégageaient à travers leurs réseaux sociaux beaucoup d’aise et d’assurance, étaient en fait très réservés et timides, voire intimidés. C’est assez marrant à observer parce qu’il y a un tel décalage.
Et dernière chose , la majorité de mes clients pensent que j’ai entre 19 et 24 ans lol, j’aime bien les laisser croire et leur donner mon âge à la fin. Les réactions sont tellement drôles.
Un conseil pour quelqu’un qui souhaite se lancer dans l’auto-entreprenariat mais qui n’ose pas ?
La première chose que je pourrais dire, c’est que la montagne est toujours plus grande vue d’en bas. Que des fois ce qui nous fait peur c’est juste l’inconnu, mais qu’en réalité on pourrait être surpris de découvrir de quoi on est capable une fois qu’on essaye. Par contre, il faut être prêt à répéter les efforts et ne pas lâcher, c’est ce qui fait toute la différence entre la réussite et l’échec : la résilience , la persévérance. Je pense qu’il est quand même important de se mettre en tête dès le début, que ça va être beaucoup de travail et que si tu ne doses pas tu deviens ton propre esclave. Il faut se fixer des objectifs par palier, des objectifs atteignables les uns après les autres tout en visualisant son rêve qui lui est plus gros. Et vraiment la répétition des efforts, tester, encore tester, s’améliorer tous les jours. Il y a une phrase que j’aime me dire : l’entraînement bat le talent quand le talent ne s’entraîne pas.
Et pour la suite des projets ?
Pour le moment , je me concentre sur le lancement du salon à Paris. Et pour la suite, le projet est beaucoup plus grand. En réalité ce n’est pas que d’un salon à Paris mais bien d’une chaîne de salons à l’international que j’aimerais développer. Le tatouage éphémère est un jeune marché qu’il faut prendre. J’aimerais ouvrir les prochains salons à Bruxelles, Londres, en Côte d’Azur, et pourquoi pas Abidjan, Los Angeles et Tokyo. C’est encore en réflexion mais je veux vraiment développer le concept à l’international.
Merci pour cette interview !
