Son nom intrigue autant qu’il fascine : Nigrum. Une aura magnétique, une esthétique ultra léchée, et une vision artistique qui dépasse largement le simple effet de style. Connue pour ses strass dentaires signés Gemma by Nigrum, elle a su imposer sa patte entre l’artisanat, la mode et le branding personnel. Du bouche-à-oreille à la campagne Foot Locker, des events parisiens aux sourires sertis, elle avance en
puissance. J’ai voulu rencontrer celle qui se cache derrière ce pseudonyme noir, pour comprendre son parcours, son rythme, ses rêves et la mécanique d’une ascension bien menée. Aujourd’hui, je reçois, Nigrum.
“Nigrum”, c’est ton vrai prénom ou un pseudonyme ? Si ce n’est pas ton prénom, est-ce que tu peux nous dire comment tu t’appelles dans la vraie vie ?
C’est un pseudonyme ! Je m’appelle Shana.
Pourquoi avoir choisi “Nigrum” ? Qu’est-ce que ce nom signifie pour toi ?
Ma mère m’a toujours conseillé de ne pas mettre mon prénom sur les réseaux. Je cherchais un mot qui me ressemble, qui porte une charge symbolique. “Nigrum” veut dire noir en latin. Et puis, je suis un peu ce cliché de la métisse “ni trop noire, ni vraiment blanche”, alors ce mot me permet de reprendre ce flou et de le transformer en force.
Tu te sens plus toi-même sous le nom de Nigrum ou dans ta vie “civile” ?
Shana est plus réservée, plus dans l’observation. Nigrum, elle est dans l’expression, l’intuition, le geste. C’est elle qui ose, qui crée, qui expose. Je dirais que je suis les deux, selon les moments. Mais Nigrum, c’est une autre facette de moi. Plus affirmée, plus libre.
Comment définirais tu ton univers visuel, entre ton travail avec les strass dentaires et ton compte perso ?
C’est un mélange entre le brut et le délicat. J’aime que ce soit soigné sans être figé, féminin sans être lisse. Mon univers, c’est une façon de raconter des choses avec peu de mots : un strass, un regard, un mood. Entre la beauté, le style et l’attitude.
Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans le strass dentaire ?
À la base, je faisais ça sur moi. Et j’adorais l’effet que ça produisait : une confiance différente, une expression nouvelle. C’était à la fois fun, esthétique, symbolique. Et autour de moi, on me demandait tout le temps : “Je peux avoir le contact de la prestataire ?” Alors j’ai appris, je me suis équipée… et j’ai lancé Gemma.
Quelle est la philosophie ou le message que tu veux transmettre avec Gemma by Nigrum ?
Assumer son style, ses envies, son exagération parfois. C’est une manière de dire : “Je peux être douce, intense, discrète ou brillante — mais c’est moi qui choisis.” J’aime cette idée que chacun·e peut s’approprier les gems à sa manière.
Tu mixes parfaitement esthétique urbaine, féminité affirmée et subtil luxe… Où trouves-tu ton inspiration ?
Franchement partout. Dans la rue, les réseaux beaucoup, les archives mode, les femmes autour de moi et mes clientes m’inspirent énormément aussi. J’aime les mélanges, les contrastes. Et surtout ce qui n’est pas trop parfait. Ce qui vit, ce qui a du caractère.
Tes looks sont toujours très travaillés. La mode, c’est aussi un moyen d’expression pour toi ?
Carrément. J’aime que mes vêtements disent quelque chose sur moi, ou sur mon mood du moins. J’ai deux principes : être confortable et me sentir fraîche, et ça dans n’importe quelle situation. Je m’habille (très) souvent en noir mais j’aime avoir différentes textures, contraste de noir ou de layering. Je dirais que s’habiller, pour moi, c’est autant un jeu, un langage mais aussi une armure pour affronter les regards.



Ça fait aussi partie de l’expérience que je propose avec Gemma : un détail qui peut tout changer dans une tenue, une attitude et se sentir sois à 100%.
Est-ce qu’il y a une icône ou une esthétique en particulier qui t’influence en ce moment ?
Rihanna sans hésiter et depuis très longtemps. Elle a tout d’un exemple en tant que Femme avec un grand F. Je dirais que l’art et la culture asiatique en général m’intéresse énormément depuis un moment
Et la musique dans tout ça ? On sait que tu partages souvent des sons dans
tes stories, que tu proposes parfois une ambiance musicale pendant les poses
de strass… Est-ce que la musique joue un rôle important dans ton processus
créatif ou dans ton quotidien ?
La musique c’est la base. C’est super important pour moi, j’en écoute vraiment tout le temps et même quand je bosse. Ça crée une ambiance, ça influence mes mouvements, mes idées. J’ai même des playlists dédiées selon mon mood du jour ! Donc pour le travail oui, c’est important. Dans un premier temps, ça permet de briser la glace pour les plus timides, ça crée un vrai sujet de conversation et ça tisse des liens forts avec mes client.e.s.
Quelle est TA musique du moment ? Celle que tu écoutes en boucle ou qui te booste quand tu bosses ?
En ce moment, je suis à fond sur l’album de Theodora et les derniers albums de Tuerie et Luidji. Des ambiances très très différentes mais qui me mettent bien.
Peux-tu nous raconter la naissance de Gemma by Nigrum ? Comment tout a commencé ?
Gemma est née le 1er janvier 2023 (je voulais bien commencer l’année). À la base, avant cette date, je posais des strass sur moi-même, juste pour le fun. J’étais vendeuse à ce moment là et tous les retours positifs sur mes strass étaient de la part des clients de cette boutique. Très vite, on m’a demandé : “Tu fais ça où ?” ou “Je peux avoir le contact de la prestataire?”. L’idée a fait son chemin et j’ai commencé à poser des gems sur mes amies, puis des inconnues. Tout s’est fait naturellement et c’est devenu du sérieux très rapidement.
Comment tu choisis tes clients ?
C’est très “venez comme vous êtes”. Je regarde surtout l’intention, l’énergie pendant la prise du rdv. Je veux que la personne soit à l’aise avec ce qu’elle veut, qu’elle se sente bien pendant et après la pose. Ce n’est pas juste une prestation, c’est un petit rituel de confiance moi je dis !
Et pour tes collaborations (non rémunérées) ? Tu as une démarche artistique derrière chaque pose ?
Oui, j’en fais. Pas souvent, parce que je les sélectionne, mais quand je sens un vrai échange, une vraie vibe commune et bien je fonce. Et oui, je pense chaque pose comme une mini création. Il y a toujours une idée derrière : le choix des pierres, leur placement, ce que ça raconte sur la personne en lien avec l’événement ou la marque.
Quel est le secret pour qu’une pose dure longtemps ?
Que je fasse correctement mon travail déjà haha ! Ensuite je dirais que ça match entre le ou les strass et la personne, avoir une bonne hygiène buccale et surtout que la personne ne « violante » pas ses gems !
Tu travailles de chez toi, parfois même dans ta chambre, c’est ça ? Est-ce que tu arrives à bien séparer ta vie pro et ta vie perso ?
Je bosse depuis ma chambre, oui. C’est mon QG. Et non, je ne sépare pas vraiment pro et perso, parce que Gemma, c’est moi. Mais j’apprends à m’accorder du temps, à dire non, à ralentir.
Est-ce que tu travailles 7 jours sur 7 ou tu t’imposes des pauses ?
J’ai des le début bossé 4 jours sur 7 et c’est encore le cas. Je me force à faire des vraies pauses sinon je perds en inspiration et je m’épuise physiquement et mentalement. Donc oui, je prends des jours off, même si parfois j’ai du mal à décrocher….
Quelle est ta création préférée que tu as faite jusqu’ici ? Et la plus technique ?
J’ai deux poses préférées et aussi les plus techniques ! Ce sont des poses que j’ai faite pour mon dernier shooting photo ! J’étais complètement libre de faire ce que je voulais et je n’y suis pas allé de main morte.
Tu te souviens du tout premier strass que tu as posé ? C’était sur qui ?
Oui ! C’était sur moi-même. Par contre sur ma première autre personne que moi, c’était horrible ! J’étais en nage, j’étais tremblotante et complément stressée de peur de rater la pose.… mais j’étais trop fière pour cette première fois et j’ai recommencé.
Aujourd’hui, on parle beaucoup de nail artists, de coiffeurs stars, de stylistes… Mais très peu de poseurs de strass dentaires. Pourquoi à ton avis, personne ne s’est encore vraiment penché là-dessus ?
Je pense que c’est encore trop jeune comme pratique, surtout en France. Et puis ça reste un peu underground. C’est pas a tout les goûts, pour le moment, et c’est encore assez niche, on n’en voit pas partout donc moins “vendeur” que des ongles ou une coiffure. Mais ça bouge et je sens que ça va et que ça commence à exploser !
Tu as travaillé avec Foot Locker il y a quelques jours, tu es invitée à des events mode… À quel moment tu as senti que ton travail prenait une dimension plus “pro” ou “reconnue” ?
Ça me surprend encore même maintenant d’ailleurs mais quand je me retrouve à faire ce genre évènement avec des marques reconnues, je me dit “ok là, il se passe un truc”. Il y a aussi quand les gens me contactent sans que je les connaisse, juste parce qu’ils ont vu mon travail et qu’ils ont accroché ou que quelqu’un leur a recommandé mon compte. Là, je sens que ça dépasse l’entourage ou juste l’Instagram local.

C’est d’ailleurs ce qui s’est passé avec moi pour mon événement le 19 avril 2025 chez Les Secondes Mains ! Je suis tombée par hasard sur ton compte et j’ai adoré ! Alors dit-moi, quel est le plus grand challenge que tu as rencontré en développant Gemma by Nigrum ?
Je dirais : me faire confiance. Ne pas attendre que ce soit “parfait” pour me lancer. J’ai aussi commencé avec très peu de moyens. Et c’est dur de se sentir légitime quand tu débutes seule, dans ta chambre, avec un métier qui n’est pas encore “officiel”. Donc ça arrive souvent que des gens me demandent quand je compte me trouver un travail. Ça joue sur le moral mais avec du recul, ça m’a juste appris à être débrouillarde et déterminée.
On t’a vue – toi dans des campagnes comme Foot Locker, Human With Attitude et à beaucoup d’events mode/streetwear… Comment tu expliques cette visibilité ?
Je pense que je me suis montrée telle que je suis, sans essayer de coller à un format. Et je suis assez active : je partage mes créations, mes idées, je montre les coulisses. Les gens accrochent quand c’est sincère je pense !

Tu as des contacts dans le milieu très variés – comment tu construis et entretiens ton réseau ?
Je crée des liens naturellement et généralement avec mes client.e.s directement ! On accroche et ils/elles me contactent pour leurs projets par la suite. J’ai les meilleur.e.s client.e.s !
Quel a été le projet le plus marquant que tu as réalisé avec une marque ?
J’ai deux projets qui me viennent en tête ! Le premier était une pub pour une paire de chaussure de la marque Reebok qui avait un gros budget. Et dernièrement, pour le merch de la marque/du label Foufoune Palace. C’était incroyable comme je suis fan des membres de ce label.

Est-ce que tu pitches toi-même tes idées aux marques ?
J’avoue que non, je ne suis pas encore à ce stade là. Pour le moment on vient directement à moi pour des projets, évents etc.. mais un jour !
Tu es en agence de mannequinat ou d’influence ?
Non, pas du tout. Je ne sais pas si ça m’intéresserait…
Quel serait ton rêve de collab ultime ?
Créer une campagne pour une marque de luxe ou de mode, où les strass seraient vraiment au centre du storytelling, pas juste un détail. Un mix entre bijou et art. Ou un shoot avec une direction artistique ultra poussée pour Mugler, Fenty Beauty ou même Missta… Là je dis oui directement !
Travailler seule, c’est à la fois une liberté et un vrai challenge. C’est quoi une journée type dans ta vie ?
Je commence tranquille, je prends mon temps. Ensuite je m’occupe de mes messages, des prises de rendez-vous, ou je pose des strass si j’ai des clients. Si j’ai de l’inspi, je bosse aussi sur des idées de contenu, des visuels, des projets. J’essaie de m’écouter, même si parfois les journées sont chargées. La liberté, c’est cool, mais il faut apprendre à cadrer son énergie.
C’est quoi les outils qui t’aident à rester créative et organisée ?
La musique, déjà. Elle me met dans une vibe, elle me débloque. Et je note tout, tout le temps, dans mon téléphone ou sur papier. J’essaie aussi de me forcer à faire des vraies pauses, des balades, à sortir voir des expos ou juste chiller. Le cerveau a besoin d’espace pour créer.
Quelle est la chose la plus précieuse que tu as apprise en te lançant seule ?
Personne ne viendra te valider, alors autant te valider toi-même ! C’est dur au début, mais à force tu apprends à croire en ce que tu fais, même quand t’as pas encore les preuves extérieures. Et aussi : avancer, même dans le doute, ça fait déjà toute la différence.
Tu viens de lancer ce projet intrigant, “Vent contraire” — peux-tu nous expliquer ce que c’est exactement ?
C’est un projet visuel et engagé. L’idée m’est venue en pensant à toutes les injonctions qu’on reçoit quand on est une femme : sois belle, sois douce, sois forte, mais pas trop. Dans les shootings, j’utilise un souffle d’air puissant pour symboliser la pression qu’on nous met au quotidien. Et malgré ce vent, le maquillage tient, le strass brille, le regard reste là. C’est une métaphore de notre résistance. Il y a 3 thèmes : être une fille aînée, les jugements/réflexions sur l’apparence et l’harcèlement de rue.
Comment as-tu eu l’idée de ce projet ? Quel est son but ou son message ?
C’est venu d’une envie de dire stop, mais sans crier. De montrer ce qu’on traverse sans forcément l’expliquer. Le message, c’est : on est belles, puissantes, même quand tout essaie de nous faire plier. Et ce n’est pas parce qu’on tient debout qu’on ne subit rien.
Comment choisis-tu les modèles que tu mets en avant dans “Vent contraire” ?
Je choisis des personnes qui ont envie de participer au projet. Des pros, des amies, des femmes que je trouve puissantes à leur façon. C’est simple je poste une annonce de casting en story et j’attend les candidatures. Je ne cherche pas le casting parfait ! Tant que la personne a des dents hahah.
Peux-tu nous parler un peu de l’ambiance ou de l’esthétique que tu cherches à transmettre avec ce projet ?
C’est brut et très maîtrisé à la fois. Il y a un contraste entre la violence du vent et la précision du maquillage, des strass. Je veux qu’on sente la tension, mais aussi la beauté dans le chaos. C’est comme un poème visuel : un truc qui bouscule doucement.
Est-ce que “Vent contraire” est amené à évoluer vers autre chose (une marque, un collectif, un média…) ?
Peut-être oui. J’y pense. En tout cas, ce ne sera pas qu’un shooting. J’aimerais que ça devienne un projet plus large : des expos, des talks, des collaborations avec d’autres artistes… Un espace d’expression féminine et libre. Mais on verra bien !
C’est quoi le meilleur conseil qu’on t’ait donné ?
“Ne sois pas lisse pour faire plaisir aux autres.” Ça m’a libérée. J’ai compris que je n’avais pas à m’excuser d’être entière, créative, intense, différente. Tant que je suis alignée avec moi même, c’est que je suis sur le bon chemin.
Il est très beau ce conseil ! Et pour l’avenir, tu te vois où dans 5 ans ? Dans la mode, dans l’art, dans l’événementiel… ou tout à la fois ?
Je me vois un peu partout à la fois. J’aimerais que Gemma ait grandi, avec une team, des événements, peut-être même un lieu à moi. Mais je veux aussi continuer à créer pour d’autres marques, faire de la direction artistique, produire du visuel fort. Un pied dans la beauté, un dans l’art, un dans la scène. Hâte de voir !
Je te le souhaite ! La phrase de fin ?
Si tu veux briller, commence par le faire pour toi et si tu veux un petit coup de pouce… j’ai des strass pour ça !
Merci Nigrum d’avoir partagé un bout de ton univers avec nous – brut, solaire et plein d’intuition.
Merci à toi pour l’invitation !
Entre éclats de strass, esthétique bien à elle et projets qui intriguent, on a le sentiment que ce n’est que le début. À suivre de très (très) près. Pour prendre votre RDV : @gemmabynigum en DM ! (Créteil – Pointe du Lac : Métro 8).
Enjoy,
Xoxo
