Dans l’univers de la beauté, certains maquillages subliment un visage… et d’autres marquent un esprit. Margaux fait partie de ces makeup artists qui allient technique et sensibilité, précision et intuition. Formée à l’ITM Paris et aujourd’hui freelance, elle navigue entre shootings mode, événements prestigieux comme le Festival de Cannes ou les défilés haute couture, et collaborations avec des marques iconiques. Guidée par l’envie d’embellir sans dénaturer, elle puise son inspiration aussi bien dans ses rencontres que dans les grandes icônes qui l’ont marquée. Rencontre avec une artiste passionnée, au parcours singulier et à la vision affirmée.
Hello Margaux, je suis très contente de te recevoir avec moi aujourd’hui !
Merci à toi Sophie pour l’opportunité.
Quel âge as-tu, et où as-tu grandi ?
J’ai 29 ans et j’ai principalement grandi à Nantes. Mais j’ai passé une partie de mon enfance en Guadeloupe.
Une des plus belles îles du monde n’est-ce pas ?! Alors dit-moi, quel a été ton premier contact avec le maquillage ou les cheveux ? Un souvenir marquant ? Comme beaucoup, j’ai commencé à avoir de l’acné que j’ai voulu camoufler puis j’ai pris goût à me maquiller et au maquillage en général.


Tu te souviens du moment où tu t’es dit : “C’est ça que je veux faire de ma vie” ?
Oui, je regardais l’émission “Canon en 10 leçons” (une émission de relooking/regain de confiance en soi) et la présentatrice a introduit une maquilleuse qui avait travaillé avec beaucoup de célébrités ; ça m’a fait rêver. Mais j’ai aussi apprécié le fait qu’elle était là pour aider quelqu’un à se sentir mieux dans sa peau.
Et après ce déclic, comment as-tu concrétisé cette envie ? Tu faisais quelque chose dans le même genre avant ?
J’ai commencé à me former au maquillage fin 2017 et je me suis officiellement lancée en tant que free-lance en 2020. J’avais débuté par une fac de droit, qui ne m’avait pas du tout plu…
Quelle a été ta toute première expérience professionnelle dans la beauté ou la mode ?
Il me semble qu’il s’agissait d’un évènement, les 10 ans de la marque “Couleur Caramel” dans leur boutique du Marais. Il fallait réaliser des makeup flash à l’aide de leurs produits.
Qu’est-ce qui guide ta main quand tu maquilles quelqu’un ? L’émotion, la structure, l’instinct ? Ou tu suis un brief donné ?
En général, il y’a un brief mais j’adapte toujours l’exécution au profil que j’ai en face: la structure du visage, les couleurs en fonction de son sous-ton etc… et repérer ce genre de choses demande de l’entrainement.
Tu sembles très sensible à la peau, à sa texture. C’est un terrain de jeu ou un terrain d’écoute ?
J’aime beaucoup travailler le teint, c’est un jeu de précision et de détail mais aussi d’écoute et d’observation car il faut que la personne se sente bien, le but est d’embellir sans dénaturer.
Est-ce qu’il y a un détail récurrent qui revient souvent dans ton travail, comme une signature ?
Je dirais que j’aime particulièrement m’occuper des teints et travailler en légèreté sans toutefois avoir de signature en particulier (plus tard peut-être) !

Quelles et qui sont tes grandes sources d’inspiration – dans la mode, l’art, ou ailleurs ?
Les femmes, la communauté LGBTQ+, les esprits libres en général. Grace Jones est une immense icône pour moi. Il y’a aussi Agnès Varda, cinéaste. Beyoncé de par sa versatilité et son côté “unapologetic”, sa force. Mais de manière générale, mes ami.es.
Est-ce que tu prépares toujours un moodboard, ou tu travailles plus à l’intuition ?
Sur la plupart des projets, il y’a un brief donc je tiens compte du moodboard que l’on m’envoie. Il y’a des intentions prédéfinies mais on me fait aussi confiance vis à vis de ce que je pense qui rendra le mieux et des ajustements possibles.
Autrement, lorsqu’il s’agit juste de m’entraîner ou d’essayer de nouvelles choses, je rassemble des images d’inspiration mais sans nécessairement faire de moodboard.
Comment tu t’adaptes à l’univers d’un shoot sans perdre ta patte ?
Je dirais que cela réside dans le fait d’être satisfaite du résultat quoiqu’il arrive.
As-tu fait une école ou tu t’es formée sur le terrain ?
J’ai fais une école, ITM Paris.
Aujourd’hui, tu travailles en freelance ou en agence ? Tu as un agent ?
Je suis en free-lance, je n’ai pas d’agent mais je travaille avec plusieurs agences ponctuellement.
Par qui as-tu été repérée sur tes premiers projets ?
J’ai pu rencontrer des maquilleurs qui m’ont pris en tant qu’assistante par la suite. Cela compte beaucoup dans l’apprentissage du métier, des comportements à adopter sur un set par exemple, sur les exigences d’un projet à un autre.
Comment s’est faite ta première collab mode ou édito ?
Elle s’est faite via mon école, nous faisions régulièrement des collaborations avec les étudiants en photographie de l’école SPEOS.
Est-ce un métier ou tu gagnes beaucoup d’argent ? Tu arrives à en vivre convenablement ?
On peut bien gagner sa vie en peu de jours de travail mais évidemment, il y’a des mois plus fructueux que d’autres comme dans tous les métiers en free-lance.
Tu as travaillé sur le festival de Cannes : comment s’est construite cette rencontre ?
Je suis partie avec une agence en 2022, nous étions avec L’Oréal puis cette agence n’a pas réitéré l’année suivante. Les trois années suivantes, j’y suis retournée en solo et j’ai travaillé avec des personnes avec qui je collabore aussi sur Paris.


Quel rôle joues-tu dans la direction artistique d’un shoot ? Tu proposes, tu ajustes, tu suis ?
Cela dépend des shoots. Pour du e-commerce par exemple, j’ai un brief mais il s’agit plus d’intentions générales, je peux les adapter à la mannequin que j’ai en face de moi, à ses traits notamment. Bien sûr, ce sont des suggestions et le client a le mot final. En édito, on en discute aussi avec la team, je peux proposer, ajuster et si tout me convient, suivre !
Quelle importance tu accordes à l’ambiance humaine sur un set ?
L’ambiance peut tout changer. Je trouve que l’entente, l’atmosphère impacte le bon déroulement du projet. Personnellement, cela a pu jouer au tout début sur mon efficacité car les humeurs de chacun.e peuvent être envahissantes mais on apprend à le gérer et à ne pas le prendre personnellement. Mais de manière générale, l’ambiance est bonne sur la plupart des jobs.
Quel est ton meilleur souvenir backstage ? Et ton plus imprévu ?
Sur le show Elie Saab en Arabie Saoudite, nous étions une équipe soudée et “saine”, dans l’entraide. Pendant la préparation, nous avons pu croiser des top model telles que Adriana Lima, Candice Swanepoel, Helena Christensen. Nous avons ensuite pu regarder le show en loge, Céline Dion, Jennifer Lopez, Camila Cabello performaient de l’autre côté. Cela avait un côté surréaliste et nous étions tous.tes fiers de notre travail, c’était les 45 ans de la maison donc un évènement important en plus d’être un show sublime.

Mon souvenir imprévu marquant a été lors des JO 2024, j’ai répondu à une annonce pour maquiller un client VIP, j’ai été confirmée le jour même quelques heures avant et il s’agissait d’un des acteurs de Vampire Diaries.

Quel équilibre trouves-tu entre ton travail de terrain et ta présence sur Instagram ?
C’est compliqué car il faut être présente et à l’affût car il arrive que l’on me contacte via la plateforme pour du travail. Je peux donc m’inquiéter de manquer certaines opportunités et de ne pas en faire assez via mes posts. J’ai le sentiment que cela peut me faire perdre de vue l’essence même de mon travail, à savoir maquiller donc je prends du recul. Je reçois régulièrement des opportunités pro via ce réseau.
Est-ce que tu crées du contenu beauté pour toi-même, en dehors des projets pro ? Oui, cela m’arrive mais je suis très pointilleuse donc je ne partage pas toujours ces travaux.
Tu es plutôt active sur Instagram, mais quelle est ta vision du rôle des réseaux sociaux dans ton métier ?
Les réseaux jouent un rôle très important, pour repérer des opportunités, créer du lien, se rendre et rendre son travail visible. C’est un très bon moyen de se développer même s’il peut y avoir de mauvais côtés comme ceux que j’ai évoqué plus haut. On peut aussi y trouver des inspirations et booster sa créativité.
Y a-t-il une marque ou un créateur avec qui tu rêves de collaborer ? Et pourquoi ?
J’ai toujours trouvé les publicités Dolce & Gabbana que je voyais dans les magazines très belles. Le côté un peu dramatique, la dentelle noire, le placement des uns et des autres sur la photographie (comme une mise en scène théâtrale).
Tu te vois évoluer vers quoi : direction artistique, création de marque, enseignement… ?
Pour l’instant, mon envie est de voyager, de travailler sur beaucoup de projets différents, avec de nouvelles équipes : faire les choses qui m’ont fait rêver et qui m’ont poussée à emprunter cette voie. Pour la suite, je ne sais pas encore.
Comment vois-tu l’évolution du métier de MUA dans les prochaines années ?
Je n’y ai pas trop pensé mais je vois de plus en plus de créations de groupes d’entraides entre make up artists, je trouve que c’est une très bonne chose de pouvoir se conseiller et être solidaires.
Merci beaucoup pour cette interview !
Merci à toi Sophie !
À suivre de très près ! Pour booker votre nouvelle HMUA favorite : @margaux_duroux_makeup en DM ou par mail.
Enjoy,
Xoxo
