Signé par la réalisatrice Alice Diop, ce court-métrage ne se contente pas d’être beau : il raconte, il bouscule, il met en lumière ce que beaucoup n’osaient pas montrer. Et croyez-moi, ce n’est pas juste un énième film arty — c’est un manifeste.
Le Women’s Tales de Miu Miu : qu’est-ce que c’est ?
Miu Miu Women’s Tales, lancé en 2011, est devenu au fil des années la plateforme la plus durable et audacieuse de courts-métrages réalisés par des femmes. Chaque épisode est une création unique, pensée comme un monde à part entière, invitant des réalisatrices d’horizons variés à explorer ce que signifie la féminité aujourd’hui, toujours sublimée par les collections Miu Miu, mais avec une liberté de ton totale. Depuis Agnès Varda jusqu’à Ava DuVernay, la série a tissé une conversation cinématographique mondiale autour du pouvoir et de la subjectivité féminine.
Le film d’Alice Diop
Fragments for Venus nous plonge d’abord dans les couloirs silencieux du Louvre. On y découvre la Grande Odalisque d’Ingres, puis des tableaux de Léonard, Rembrandt, Véronèse… Et voilà Kayije Kagame, l’actrice, marchant devant ces œuvres immuables, s’arrêtant face à un cadre vide, comme pour suggérer : et si c’était ma place qui y était ? Puis survient une voix – celle d’Alice Diop – qui déclame en français Voyage of the Sable Venus, le poème de Robin Coste Lewis, énumérant les rares représentations en Occident de figures féminines noires, depuis 38 000 avant J.-C. jusqu’à nos jours. Ce rituel poétique fusionne ensuite avec Brooklyn, où une autre femme contemple, émerveillée, la vie quotidienne de femmes noires dans la ville — en train de jouer, peindre, écouter de la musique — comme une célébration incarnée.
Ce qui frappe, c’est ce mélange subtil de documentaire et de fiction : Alice Diop dessine un “scrapbook filmique”, tissant souvenirs intimes, influences philosophiques et gestes politiques. Elle y glisse aussi des silhouettes Miu Miu — pas comme un ornement incrusté, mais comme une présence politique, esthétique, et profondément affirmée. (Basé sur ses propos rapportés par Vogue).


Pourquoi cette représentation est cruciale
En tant que femme métisse, je ressens intensément la rareté de ces miroirs dans la culture visuelle dominante. Voir une femme noire raconter l’histoire des femmes noires, dans un film portée par une marque influente, ce n’est pas anecdotique : c’est vital.
Aux côtés des inégalités de représentation devant la caméra — rarement noires, souvent confinées à certains rôles — il y a aussi la problématique de la représentation dans les postes de création, réalisation, production. L’équilibre est loin d’être trouvé. Nuancer chaque lutte, chaque avancée, sans tout mélanger, voilà ce qu’il faut garder en tête. Et ici, la présence d’Alice Diop, à la fois réalisatrice et voix politique, crée une avancée : le regard noir, féminin, métissé, est à l’honneur.

Le contexte
Présenté le 30 août 2025 dans la prestigieuse section Giornate degli Autori du Festival de Venise, Fragments for Venus s’affirme comme le 30ᵉ chapitre d’une collection devenue une référence pour le cinéma féministe et la mode engagée. Alice Diop, après le succès bouleversant de Saint Omer en 2022, sort un court-métrage (20 minutes) radical, intime et politique à la fois.


Ce que le film raconte
Sans spoiler, il s’agit d’un récit intime, presque poétique, sur la force, la solitude et la beauté des femmes noires dans un monde qui malheureusement les invisibilise trop souvent. Mais au-delà de la question raciale, le film touche à l’universel : la quête d’identité, la place qu’on occupe, le regard des autres. Le tout sublimé par une esthétique léchée et une bande-son envoûtante.
Ce n’est pas juste un film : c’est une conversation. Et si Miu Miu frappe aussi fort, c’est parce que la marque sait mêler storytelling et stratégie. La mode ne se contente plus de nous habiller, elle veut nous parler, nous questionner, nous inspirer. Et là, mission accomplie.


Vous pouvez désormais vous aussi regarder le film sur le site de Miu Miu, c’est cadeau.

Enjoy,
Xoxo
