Cet automne, le monde des sneakers bouillonne. Les collaborations affluent, redessinant les frontières entre sport, streetwear et mode. Les grandes maisons s’associent à des créateurs indépendants, les labels de niche dialoguent avec les géants du sportswear, et les silhouettes classiques se métamorphosent en pièces statement. La sneaker, longtemps cantonnée à l’univers de la performance, est désormais un terrain d’expérimentation créative où chaque sortie est scrutée comme un événement culturel.
Nike : la domination créative continue
Impossible d’échapper à Nike cette saison, tant la marque au Swoosh multiplie les projets. À Londres, la collaboration avec KNWLS, le label fondé par Charlotte Knowles et Alexandre Arsenault, a fait sensation. Présentée à la Fashion Week, cette paire fusionne l’ADN edgy et sensuel de KNWLS avec l’héritage sportif de Nike. L’esthétique londonienne underground, flirtant avec le grunge et le tailoring déconstruit, se traduit dans une sneaker qui brouille les codes de genre et de fonction. Et en bonus ? Un sac est également prévu…




Nike poursuit également son exploration culturelle avec la Air Max RK61 x Air Afrique, une création qui résonne comme un hommage aux diasporas et à l’imaginaire afro-futuriste.






Plus conceptuelle encore, la collaboration avec la créatrice sino-britannique Susan Fang joue sur la transparence, les détails organiques et une approche sculpturale, transformant la sneaker en objet presque poétique.

Et comment ne pas citer Martine Rose x Nike Shox MR4 ? La designer britannique continue de réinventer la silhouette Shox, poussant toujours plus loin son travail de distorsion des volumes et de subversion des codes du sportswear.

Enfin, le partenariat avec Patta fait vibrer les puristes : l’Air Max DN8 Cyber incarne l’esprit d’Amsterdam, avec une approche qui mêle culture locale et innovation technique. Nike prouve une fois de plus qu’elle reste la plateforme la plus influente pour les créateurs qui veulent réinventer l’histoire de la sneaker.

Puma : entre héritage et collaborations inattendues
De son côté, Puma signe un coup audacieux avec Balzac, la marque française qui a bâti sa réputation sur une mode durable et responsable. Cette rencontre surprend, mais elle illustre un virage stratégique : Puma cherche à séduire une clientèle plus sensible aux enjeux environnementaux tout en gardant son ancrage dans le lifestyle. Cette collaboration apporte une touche parisienne et consciente à l’univers global du sportswear.


Saucony et la culture digitale
Plus confidentielle mais tout aussi intéressante, la collaboration Saucony x Metagirl autour de la Progrid Paramount met en avant une esthétique futuriste et féminine. Metagirl, figure de la culture digitale, insuffle une dimension avant-gardiste et communautaire à la sneaker, jouant sur les textures brillantes et l’imagerie cyber. Une proposition qui montre comment les marques de running historiques cherchent à séduire les nouvelles générations, connectées et en quête d’objets hybrides.


Salomon et Asics : la technicité au service du style
Salomon continue de capitaliser sur sa renaissance mode. En collaborant avec Naked Copenhagen la boutique danoise, la marque française ancre son modèle XT6 dans une esthétique nordique minimaliste et fonctionnelle. Une rencontre entre technicité outdoor et épure scandinave qui confirme le statut culte de Salomon dans le vestiaire urbain.

Asics, de son côté, s’associe à Cecilie Bahnsen autour de la Gel Kayano 20. Le résultat est une sneaker délicate et romantique, presque couture, où les détails floraux et les textures raffinées se posent sur une base running ultra-performante. Une preuve éclatante que la sneaker peut être autant un objet technique qu’une pièce de mode sensible et poétique.


New Balance, Umbro, Autry : la vague rétro se poursuit
Si Nike et ses pairs misent sur la déconstruction futuriste, d’autres labels ont choisi un terrain radicalement différent : celui de la nostalgie assumée, mais twistée par des collaborations intelligentes. L’exemple le plus marquant cette saison est sans doute la rencontre entre Ganni et New Balance, une alliance qui a immédiatement séduit la presse et les amateurs de sneakers.
Le minimalisme scandinave de Ganni s’est parfaitement marié avec les lignes iconiques de New Balance, notamment autour de la silhouette de la 1906R. Résultat : une sneaker rétro-futuriste, pensée en matériaux recyclés, aux teintes sobres ponctuées de détails lumineux. Ici, le vintage n’est pas un simple revival esthétique, mais un manifeste écoresponsable et stylistique : montrer que l’héritage sportif peut dialoguer avec la conscience écologique. Cette démarche vient enrichir la stratégie globale de New Balance, qui continue de faire vibrer ses modèles phares — 550, 990, 2002R — auprès d’une nouvelle génération férue d’authenticité. Chaque collaboration raconte une histoire de continuité, entre passé et présent, entre archives et innovation douce.


Dans la même veine, Umbro s’offre une seconde jeunesse (x Rains) en exhumant ses codes football des années 80 et 90. Les semelles épaisses, les logos vintage et les silhouettes old school résonnent avec le revival de la culture foot, aujourd’hui célébrée autant dans les stades que sur les podiums.

Enfin, Autry, marque texane née dans les années 80, poursuit sa conquête européenne avec une esthétique minimaliste et patinée. Loin de chercher l’extravagance, ses collabs misent sur la fidélité aux archives : cuirs usés, semelles jaunies, coloris sobres. Un retour assumé à une sneaker “pure”, presque artisanale, qui devient luxe par son authenticité (et par sa collaboration avec Maison Kitsuné, of course).


Ce triptyque — Ganni x New Balance, Umbro et Autry — illustre une tendance de fond : la sneaker rétro n’est plus un simple clin d’œil nostalgique. Elle s’impose comme un manifeste stylistique, une manière de revendiquer un rapport plus simple et plus mémoriel à la mode, à rebours de la surenchère d’innovations spectaculaires.
Quand la sneaker devient laboratoire culturel
Ce qui frappe dans cette saison automne 2025, c’est la diversité des approches. Certaines collaborations privilégient la performance et l’innovation technique, d’autres misent sur la mode conceptuelle, tandis que d’autres encore explorent les racines culturelles ou l’engagement environnemental. La sneaker n’est plus un simple accessoire : elle est le lieu où se rencontrent l’artisanat, la culture pop, la politique et les imaginaires collectifs.
De KNWLS à Martine Rose, de Cecilie Bahnsen à Patta, chaque créateur injecte dans la chaussure son langage et sa vision du monde. Et c’est précisément ce qui rend ces collaborations si captivantes : elles racontent l’époque mieux que n’importe quel vêtement.
PS : j’ai absolument besoin de toutes les paires citées ci-dessus…
Enjoy,
Xoxo
