Le quatrième jour de la Fashion Week de Paris avait ce goût particulier des journées où la mode devient un véritable spectacle vivant. On ne regardait plus seulement des silhouettes défiler, on entrait dans des univers, des récits, des cultures entières. Dès les premières minutes, on sentait que cette journée allait marquer la saison par son intensité, son énergie et son sens du détail.
C’est Junya Watanabe MAN qui a ouvert le bal, plongeant le public dans une atmosphère presque cinématographique, comme un Paris rêvé des années 50 et 60. La collection semblait raconter l’histoire d’un homme élégant mais nonchalant, à mi-chemin entre l’héritage Ivy League et l’esprit urbain contemporain. Les silhouettes jouaient avec les codes du vestiaire classique américain, tout en les tordant subtilement, grâce à une collaboration centrale avec Stüssy, qui réinterprétait cet uniforme iconique avec une attitude plus libre, presque rebelle. Les manteaux structurés, les vestes revisitées et les superpositions donnaient l’impression d’un style vécu, chargé de mémoire.
Un autre moment fort du défilé fut l’apparition d’une nouvelle chaussure hybride signée New Balance, pensée comme un pont entre performance et esthétique, parfaitement intégrée à cette vision moderne du tailoring. Tout dans cette présentation respirait une nostalgie romantique, sans jamais tomber dans le passéisme, comme si Junya Watanabe avait voulu figer une époque imaginaire, tout en la projetant dans le présent.






L’après-midi a ensuite pris une toute autre dimension avec le show Willy Chavarria, sans doute l’un des moments les plus spectaculaires (et kiffant) de cette Fashion Week. Intitulé « Eterno », le défilé se déployait comme une scène de théâtre à ciel ouvert, mêlant mode, identité et culture. Les références à la culture chicano étaient omniprésentes, traduites dans des silhouettes puissantes, des survêtements inspirés de l’esthétique street latino et une collaboration majeure avec adidas Originals, qui occupait une place centrale dans la collection.
Les looks, marqués par des maillots siglés Chavarria #1, des pièces sport revisitées et des volumes affirmés, donnaient l’impression d’un vestiaire à la fois revendicatif et profondément humain. Autour du podium, l’ambiance était électrique : des lowriders faisaient partie du décor, certains mannequins tenaient des ballons de football, comme pour rappeler l’importance du collectif, du jeu, du quartier. Le front row n’était pas en reste, avec la présence de Mon Laferte, Feid et Mahmood, venus soutenir cette vision forte et engagée. Le tout créait une atmosphère presque cérémonielle, où chaque passage semblait raconter une histoire de fierté, de transmission et de résilience.
Plus tard dans la journée, Comme des Garçons Homme Plus a apporté une dimension plus conceptuelle et radicale. Les silhouettes jouaient avec les formes, les disproportions et les constructions inattendues. Les vêtements semblaient parfois flotter autour du corps, parfois le contraindre, comme pour illustrer une tension constante entre liberté et structure. Chaque look donnait l’impression d’être une pièce de collection, presque une sculpture en mouvement, renforçant cette idée d’une mode qui questionne plus qu’elle ne rassure.



En parallèle, d’autres maisons ont également marqué ce jour 4, même plus brièvement. Isabel Marant a proposé une vision plus instinctive et rock, fidèle à son ADN, tandis qu’Ungaro et Officine Générale ont ramené une touche d’élégance dramatique et de sensualité sophistiquée. Ces passages ont complété cette journée en apportant des contrastes bienvenus entre minimalisme, héritage et audace créative.
Ce quatrième jour n’était pas simplement une succession de défilés, mais une véritable immersion dans des mondes multiples, où chaque créateur racontait son propre rapport à l’identité, à la culture et au vêtement. On en sort avec la sensation d’avoir traversé des paysages très différents, mais unis par une même intensité : celle d’une mode qui ne cherche plus seulement à habiller, mais à faire ressentir.
Enjoy,
Xoxo
