La Fashion Week Haute Couture vient à peine de commencer, et déjà une thématique s’impose comme un fil conducteur puissant : la nature comme langage émotionnel, mystique et vivant. Fleurs brodées, créatures hybrides, végétation fantasmée et symboles totémiques composent un imaginaire presque sacré. La couture ne cherche plus seulement à impressionner, elle veut raconter, émouvoir, transporter. Et ces deux premiers jours ont installé un décor aussi poétique que spectaculaire.
Chez Schiaparelli, Daniel Roseberry a livré l’un de ses défilés les plus théâtraux à ce jour avec sa collection L’Agonie et l’Extase. Inspirée par l’iconographie de la chapelle Sixtine, la collection explore la tension entre fragilité et puissance, entre le corps et le mythe. Fidèle à son obsession pour le volume, le créateur a imaginé des silhouettes radicales, presque surnaturelles. Certaines robes semblaient prolongées de queues de scorpion, d’autres prenaient vie comme des oiseaux prêts à s’envoler grâce à des vestes recouvertes de plumes.
Chaque pièce était un terrain d’expérimentation pour les ateliers : des fils de soie peints puis découpés comme des plumages, des dentelles sculptées en relief, des plumes cristallisées qui captaient la lumière comme des joyaux. Le point culminant du show restait une couronne spectaculaire, véritable bijou d’apparat évoquant à la fois les fastes impériaux et les codes mythologiques chers à la maison.









Dans le public, la présence de Teyana Taylor, tout juste récompensée aux Golden Globes, incarnait parfaitement l’esprit du défilé. Drapée de dentelle noire transparente sous une longue veste structurée, elle portait ces créations comme des talismans, prolongeant l’aura dramatique de la collection bien au-delà du podium.

Chez Dior, Jonathan Anderson a poursuivi son entrée dans la couture avec une vision profondément poétique. Le point de départ de cette collection : un simple bouquet de cyclamens, offert autrefois par John Galliano. De cette émotion intime est née une scénographie presque organique, où de petites fleurs semblaient surgir du plafond comme si la salle elle-même respirait. De larges bouquets en tissu, volontairement irréels, venaient orner les silhouettes, jusque sur les oreilles des mannequins.









Le message est clair : ici, pas de corset, mais un corps libéré, enveloppé par des volumes doux et mouvants. Le défilé s’est ouvert sur trois robes longues, réinterprétations du premier look de sa collection prêt-à-porter, cette fois entièrement réalisées à la main, avec des drapés sablier travaillés dans le tulle.
Parmi les choix les plus inattendus, le tricot s’est imposé comme un fil conducteur, aussi bien pour les pièces les plus conceptuelles que pour les silhouettes plus classiques. Et pour prolonger cette vision au-delà du défilé, le créateur a imaginé une exposition au musée Rodin, où ses créations dialoguent avec des pièces historiques de Christian Dior, comme une passerelle entre héritage et futur.
Enfin, Chanel a plongé le public dans une véritable forêt enchantée pour le premier défilé haute couture de Matthieu Blazy. Le Grand Palais a été métamorphosé en clairière féerique, peuplée de saules, d’oiseaux et de champignons géants aux couleurs vibrantes, oscillant entre rose pâle, rouge flamboyant, jaune solaire et fuchsia profond.
Dès l’invitation, la maison donnait le ton : un bijou en acier argenté renfermant un petit oiseau, comme une clé d’entrée dans cet univers onirique.

Le champignon s’est imposé comme le symbole central de la collection, omniprésent dans le décor, les accessoires et même les escarpins. Un clin d’œil subtil aux archives de la maison, et notamment à une célèbre collection des années 90 où la nature était déjà reine.
Le final a marqué les esprits avec une mariée spectaculaire, incarnée par Bhavitha Mandava. Le tailleur traditionnel a été réinterprété dans une version lumineuse, presque irréelle. Son look donnait l’illusion d’un plumage argenté, grâce à un trompe-l’œil de plumes en sequins blancs. Un accessoire de tête rayonnant venait sublimer l’ensemble, comme une couronne végétale moderne. Cette dernière apparition, dans une forêt enchantée, a donné au défilé une dimension presque mythologique, entre rêve et réalité.

À travers Schiaparelli, Dior et Chanel, la haute couture se transforme en rituel contemporain, où la nature devient un langage universel. Ces premiers jours ne racontent pas seulement des vêtements, mais une émotion collective, un désir de retour à l’essentiel, à la beauté vivante, à la magie.
Et si la couture était, plus que jamais, une forme de poésie à porter ?
Enjoy,
Xoxo
