Quelques heures à peine après sa présentation à Paris, le défilé Valentino haute couture printemps-été 2026 fait déjà partie de ces moments dont on sait qu’ils marqueront l’histoire de la mode. Pour ce premier show depuis la disparition de Valentino Garavani, Alessandro Michele n’a pas simplement imaginé une collection : il a conçu une véritable expérience sensorielle, presque cinématographique, où le regard lui-même devenait le cœur du dispositif.
Les invités n’étaient pas assis face à un podium classique. À la place, ils ont été plongés dans une installation inspirée du Kaiserpanorama, une machine optique du XIXe siècle considérée comme l’un des ancêtres du cinéma. Dans une atmosphère sombre et feutrée, des dizaines de cabines en bois étaient disposées dans l’espace, chacune percée de petits trous. Pour voir le défilé, il fallait littéralement regarder à travers un mur, comme dans un cabinet de curiosités. Lorsque le show a commencé, les plaques métalliques obstruant ces ouvertures sont tombées une à une, dévoilant les silhouettes comme autant d’apparitions.
Ici, le décor ne servait pas à encadrer la couture, il la mettait en scène, il la dirigeait presque. Alessandro Michele a pensé le défilé comme une “machine à voir”, où chaque tenue surgissait dans le champ visuel avec une intensité rare, presque intime. Une manière de rappeler que la haute couture est avant tout affaire de regard, de détail, de révélation.
La musique jouait un rôle essentiel dans cette immersion. Là où le Kaiserpanorama utilisait autrefois une cloche pour marquer le passage d’une image à l’autre, Michele a remplacé ce repère par une techno puissante et hypnotique, créant un contraste radical entre une référence historique et une bande-son ultra contemporaine. Un choix assumé, presque déroutant, qui renforçait cette impression de voyage hors du temps.
Visuellement, la collection évoquait un Hollywood d’avant Hollywood, celui des années 1920, entre glamour naissant et théâtralité absolue. Les silhouettes oscillaient entre color-block audacieux et opulence totale, mêlant références littéraires, historiques et cinématographiques. Le défilé s’ouvrait d’ailleurs sur des mots de Valentino Garavani, tirés du documentaire Le Dernier Empereur, comme un hommage direct au fondateur, dont l’ombre planait sur chaque instant du show.
Côté beauté, un détail n’a échappé à personne : le retour spectaculaire des chevelures préraphaélites. Des boucles longues, souples, presque romantiques, volontairement frivoles, donnaient aux mannequins une allure rétro et poétique. Ces crinières ondulées, orchestrées par l’hairstylist Esther Langham, s’inscrivent dans une tendance déjà visible chez certaines célébrités (Zenday ou encore Ana-Taylor Joy), entre références au XIXe siècle et fantasmes d’âge d’or hollywoodien.
Avec Specula Mundi, Alessandro Michele ne propose pas simplement une collection haute couture. Il invite à changer notre manière de regarder la mode, à la contempler comme un spectacle intime, presque secret, où chaque silhouette devient une image rare, précieuse, suspendue dans le temps. Un défilé qui ne se contente pas d’être vu, mais qui se vit (littéralement) à travers un trou dans le mur.
Enjoy,
Xoxo
