La Copenhagen Fashion Week célèbre 20 ans de mode et d’engagement : le récap de cette saison

La Copenhagen Fashion Week vient de s’achever et cette édition n’était pas comme les autres. Pour ses vingt ans, la semaine de la mode danoise a confirmé ce que l’industrie sait déjà : Copenhague n’est plus une scène alternative, mais bien l’un des pôles créatifs les plus influents du calendrier international. En deux décennies, l’événement est passé d’un projet confidentiel à une plateforme majeure, capable de lancer des talents, d’imposer des standards durables et d’attirer l’attention du monde entier.

Née en 2006 de la fusion de deux salons professionnels, la Fashion Week de Copenhague a longtemps été regardée avec scepticisme. Pourtant, portée par une vision claire et ambitieuse, elle s’est progressivement imposée comme un laboratoire d’idées et un modèle en matière d’innovation. Aujourd’hui, elle accueille à chaque saison des éditeurs internationaux, des acheteurs venus des plus grands concept stores et une nouvelle génération de créateurs qui trouvent ici un terrain d’expression unique. Sous l’impulsion de figures clés comme Eva Kruse, décrite comme une véritable visionnaire, puis de Cecilie Thorsmark, l’événement a su transformer la scène danoise en une force globale.

Cette édition anniversaire était d’autant plus symbolique qu’elle marquait aussi une nouvelle alliance stratégique. La Copenhagen Fashion Week et la Mercedes-Benz Fashion Week Madrid ont officialisé un partenariat inédit visant à renforcer les échanges créatifs et professionnels entre les deux capitales. La présence de la délégation madrilène à Copenhague a permis une immersion directe dans l’écosystème danois, favorisant les connexions entre designers, institutions et acteurs internationaux, et ouvrant la voie à de futures collaborations transversales.

Pour célébrer ses vingt ans, la Copenhagen Fashion Week n’a pas seulement marqué un anniversaire symbolique, elle a surtout livré l’une de ses éditions les plus fortes, les plus cohérentes et les plus inspirantes de ces dernières années. Plus que jamais, Copenhague confirme sa position unique : une fashion week capable de mêler créativité pointue, narration émotionnelle, durabilité concrète et désir réel. Cette saison, chaque journée racontait presque une histoire à part entière.

Parmi les défilés les plus marquants du premier jour, OpéraSport s’est imposé comme un véritable moment suspendu. Pour l’automne-hiver 2026, la marque a transporté son public dans une Venise nocturne, baignée de lumière tamisée et de romantisme cinématographique. Tout, de la scénographie aux looks, évoquait l’Italie des vieux films : peaux subtilement hâlées, raies profondes, cheveux ondulés ou plaqués, silhouettes sculpturales avançant dans un décor presque théâtral. La collection jouait brillamment sur les contrastes, entre tailoring structuré et matières fluides, avec des blazers plissés, des tailles cintrées, des satins recyclés et des surfaces sequinnées qui captaient la lumière comme des reflets sur l’eau. La palette, volontairement douce, oscillait entre tons pâles et nuances plus profondes de chocolat, prune et olive, créant une tension élégante entre ombre et éclat. La dentelle superposée, les volants, les drapés de satin évoquaient la splendeur fanée des palais vénitiens, tandis que les fausses fourrures apportaient une chaleur contemporaine. Le final a marqué les esprits avec une première pour la marque : une mariée inattendue, vêtue d’un ensemble corset et jupe d’un blanc presque « crisp », une vision anticonformiste et moderne du bridal. C’est aussi lors de ce défilé qu’OpéraSport a dévoilé sa toute première collaboration footwear, avec Clarks, confirmant son ambition de s’étendre vers un vestiaire encore plus complet.

Stem, de son côté, a offert un moment radicalement différent mais tout aussi fort. Ici, pas de grand décor, mais un retour à l’essentiel, presque philosophique. La collection, intitulée « To Wool », rendait hommage à la matière fondatrice de la marque : la laine. Pour Sarah Brunnhuber, sa créatrice, cette fibre est bien plus qu’un textile, c’est le cœur même de son langage créatif. Toute la palette est née des contraintes de production, avec des fils de laine issus de deadstock, dans des tons navy, écru et brun. Loin d’être limitantes, ces contraintes deviennent un moteur créatif : toutes les pièces sont tissées sur une même chaîne rayée, ce qui génère un jeu subtil de carreaux, de variations et de micro-motifs. Mais l’innovation majeure réside dans l’introduction de l’Elastic Wool, un textile qui se comporte de manière élastique une fois tissé, désormais prêt pour une production industrielle. Cette matière donne naissance à des pièces clés comme un gilet, un cardigan ou une robe, qui allient confort, structure et performance textile. Stem signe ici l’un des défilés les plus intelligents de la saison, prouvant que la durabilité peut être synonyme de recherche, d’esthétique et de désir.

Le deuxième jour a été marqué par des propositions plus narratives et identitaires. O. Files, pour sa toute première apparition officielle au calendrier de la CPHFW, a signé un début très remarqué. Fondée en 2018, la marque masculine danoise a profité de cette édition anniversaire pour affirmer pleinement son ADN : un mélange de minimalisme scandinave, de savoir-faire italien et d’influences japonaises. Le décor, composé de télévisions Bang & Olufsen des années 90 et de mobilier vintage, installait une atmosphère rétro, presque domestique, qui dialoguait parfaitement avec l’esthétique de la collection. Le cœur du travail reposait sur la technique de l’origami, que la marque explore depuis plusieurs saisons. On la retrouvait dans les détails sculpturaux des manteaux, avec des revers superposés, dans les plis délicats de jeans droits, ou encore dans les fermetures courbes d’une veste en cuir noire ultra graphique. L’ensemble donnait une impression de rigueur calme, de précision presque architecturale, mais toujours traversée par une forme de douceur nostalgique.

Gestuz a, quant à elle, totalement changé d’ambiance, proposant l’un des shows les plus sensuels et affirmés de la journée. Le décor prenait la forme d’un bar new-yorkais, sombre, feutré, presque cinématographique. La créatrice imaginait un lieu où se croisent des personnages ambigus, entre glamour et rugosité, et cela se ressentait dans chaque silhouette. Tailoring puissant, robes près du corps, cuir, denim foncé, noirs profonds et surtout cette teinte olive omniprésente, inspirée du dirty martini. La collection jouait sur l’idée de la femme fatale contemporaine, confiante, indépendante, qui n’a pas besoin d’en faire trop pour imposer sa présence. C’était un vestiaire pensé pour le pouvoir, mais un pouvoir sensuel, assumé, presque narratif.

Le dernier jour a pris des allures de célébration. Plus qu’une simple clôture, il a été pensé comme un hommage aux vingt années de construction de cette plateforme. Plusieurs shows ont marqué par leur mise en scène immersive, leur narration forte et leur engagement autour des enjeux contemporains, notamment la durabilité, qui reste au cœur de l’identité de la CPHFW. Car au-delà de l’esthétique, Copenhague s’est imposée comme un modèle de Fashion Week responsable, avec des critères stricts imposés aux marques en matière d’impact environnemental, devenus une référence mondiale.

Ce dernier jour donc, a offert l’un des moments les plus touchants de la semaine avec Rave Review. Présentée à l’ambassade de Suède, la collection automne-hiver 2026 marquait un tournant dans l’évolution de la marque, historiquement connue pour son esthétique upcyclée, colorée et presque rave. Cette fois, l’inspiration venait de l’enfance, mais d’une enfance vue à travers le prisme de la maturité. Les fondatrices, toutes deux jeunes mères, ont insufflé une dimension intime et personnelle à la collection. Le cadre institutionnel, presque solennel, renforçait ce sentiment de passage à l’âge adulte. Les silhouettes étaient plus symétriques, plus structurées, la palette volontairement réduite à des noirs, gris et bruns. Les imprimés, signature de la marque, devenaient des accents plutôt que le cœur du propos. On découvrait des robes trapèze à motifs tartan, des pièces en velours côtelé évoquant presque des coussins géants, clin d’œil subtil à leur travail sur les textiles domestiques recyclés. Rave Review ne renonce pas à son ADN durable, mais le fait évoluer vers quelque chose de plus calme, plus introspectif, presque émotionnel. Une collection qui parlait de croissance, de transmission, de transformation.

Côté tendances, trois grandes directions se sont nettement dégagées cette saison. Les winter whites ont dominé de nombreux podiums, avec une palette de blancs, écrus et crèmes apportant une vision lumineuse et apaisante de l’hiver. Les skirt suits ont signé un retour en force du tailoring féminin, modernisé par des coupes audacieuses et des proportions revisitées. Enfin, les fair isle sweaters ont rappelé l’attachement à l’héritage nordique, entre motifs traditionnels et interprétations contemporaines.

Vingt ans après ses débuts, la Copenhagen Fashion Week n’est plus seulement un événement régional, mais un véritable moteur de transformation pour l’industrie. Elle incarne une mode plus consciente, plus inclusive, plus connectée au réel, tout en restant profondément créative. Cette édition anniversaire n’a pas seulement célébré le passé, elle a surtout montré que Copenhague continue d’écrire l’avenir de la mode, avec une vision claire, engagée et résolument internationale.

Enjoy,
Xoxo

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