Pauline Dujancourt signe le défilé le plus envoûtant de la saison

À chaque saison, Pauline Dujancourt s’impose un peu plus comme l’une des voix les plus singulières de la nouvelle scène londonienne, et son dernier défilé à la London Fashion Week l’a encore prouvé. Invitée à découvrir ce nouveau chapitre, il était impossible de ne pas ressentir l’effervescence qui entoure aujourd’hui la créatrice française, dont le travail délicat et profondément narratif continue de séduire acheteurs, rédacteurs et initiés.

Baptisée Walking on Eggshells, la collection s’articule autour d’un récit fort : celui des femmes autrefois accusées de sorcellerie et progressivement effacées des récits officiels. Plutôt que d’en faire une référence littérale, Pauline Dujancourt transforme ce point de départ en réflexion textile sur la mémoire, la transmission et la puissance féminine. Chez elle, la féminité n’est jamais figée : elle se construit, se protège, se tisse.

Le travail de la maille reste évidemment au cœur de son vocabulaire. Crochet minutieux, tricot main et macramé de tulle rejouent des gestes anciens avec une précision presque méditative. L’un des développements les plus marquants de la saison réside dans ce tulle macramé élaboré à partir de plus de quatre-vingts bandes de tissu entrelacées, créant autour du corps une structure à la fois légère visuellement et étonnamment architecturée. Chaque pièce semble porter en elle la trace du temps nécessaire à sa fabrication, comme un rituel répété.

Mais la force de Walking on Eggshells tient aussi à sa dimension collective. La créatrice met en lumière les femmes de son atelier, dont le travail patient façonne saison après saison l’identité de la maison. Cette énergie de groupe se ressent dans la cohérence des silhouettes, où la technicité disparaît derrière une apparente évidence.

Côté pièces, les manteaux d’alpaga tricotés main gagnent en présence avec des capuches et des poches tissées qui dialoguent subtilement avec la légèreté du tulle. Une mousseline de soie changeante, spécialement développée pour la collection, habille robes, chemises et jupes ; le plissé y accompagne le mouvement du corps en créant un effet presque vaporeux, à la frontière du réel.

Le final, particulièrement touchant, voit apparaître la robe Eli, pensée comme un hommage personnel. D’un violet poudré délicat, elle se couvre d’une pluie de micro-fleurs crochetées qui semblent éclore directement sur la silhouette. Une manière pour Pauline Dujancourt de saluer le savoir-faire d’Elizabeth, tricoteuse clé de l’atelier au Pérou, et de rappeler que derrière chaque pièce se cache une histoire humaine.

Autre symbole fort du défilé : la coquille d’œuf, nouvelle variation du motif de l’oiseau cher à la créatrice. Une sculpture monumentale encadrait le podium, ses fragments dispersés sous les pas des mannequins. Le message est clair : avancer malgré la fragilité, et même la revendiquer comme une force.

Saison après saison, Pauline Dujancourt affine une écriture de plus en plus lisible, entre poésie textile et rigueur artisanale. Une proposition sensible, intelligente et profondément actuelle qui confirme que la créatrice française fait désormais partie des noms qui comptent à la London Fashion Week.

Enjoy,
Xoxo

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