Le grand retour de Maria Grazia Chiuri chez Fendi

À Milan, la première collection de Maria Grazia Chiuri pour Fendi était attendue comme un moment charnière : et elle n’a pas déçu. Présenté hier, ce défilé marque un véritable retour aux sources pour la créatrice italienne. Après huit années passées chez Dior, elle revient à Rome, sa ville natale, et surtout dans la maison où elle avait commencé sa carrière en 1989. Un double retour symbolique qui donne immédiatement le ton de cette nouvelle ère.

Plutôt que de signer une rupture spectaculaire, Maria Grazia Chiuri a choisi une approche manifeste, résumée par la devise “Meno io, più noi” : moins je, plus nous. Ce mot d’ordre, visible sur le podium à travers un pochoir affirmé, traduit sa vision d’une mode fondée sur le collectif. La référence est double : elle renvoie à sa méthode de travail nourrie de collaborations artistiques, mais aussi à l’héritage fondateur des cinq sœurs Fendi (Paola, Anna, Franca, Carla et Alda) ainsi qu’aux générations de femmes qui ont façonné la maison.

Dans un contexte où l’industrie de la mode traverse une période d’incertitude et où l’individualité est souvent glorifiée, ce positionnement sonne presque comme une prise de position. Chiuri réaffirme la puissance du travail d’équipe et de la mémoire partagée, une philosophie qui irrigue toute la collection.

Sur le plan stylistique, la créatrice orchestre un vestiaire d’une grande intelligence, ultra-chic mais pensé pour circuler entre les genres. Les silhouettes (vestes croisées à revers nets, ensembles double denim, manteaux type donkey jacket) apparaissent à la fois sur hommes et femmes, installant une logique de garde-robe partagée qui ancre la proposition dans une modernité tangible.

L’un des gestes les plus commentés reste le retour assumé de la fourrure, cœur historique du savoir-faire Fendi. Ces dernières années, la maison en avait atténué la visibilité face aux critiques de certains marchés. Ici, Chiuri la remet au centre, mais avec une lecture contemporaine. On la retrouve en garnitures, en cols, en franges sur des gilets cloutés ou à l’intérieur de trenchs, jusqu’à un long manteau de cuir noir travaillé en sections florales découpées à la main.

Les pièces les plus spectaculaires sont d’ailleurs portées par les silhouettes masculines : blazer vert à longs poils, patchworks hirsutes ou modèles rétro flamboyants. Côté femme, une veste en camouflage forestier composée de fragments de fourrure attire particulièrement l’attention. Ces propositions s’inscrivent dans le nouveau programme “Echo Of Love”, qui permettra aux clients de retravailler des fourrures existantes avec les ateliers Fendi afin de leur offrir une forme de durabilité émotionnelle.

La collection est également traversée par plusieurs collaborations artistiques qui incarnent concrètement le fameux “plus nous”. La sculptrice Mirella Bentivoglio (à travers sa succession) inspire la réédition de bijoux et de graphismes explorant le langage et ses charges genrées.

Parmi les détails remarqués, les cols amovibles en coton blanc, cuir ou fourrure : portés uniquement par les femmes dans ce défilé mixte, évoquent subtilement certaines chemises sur mesure chères à Karl Lagerfeld, comme un hommage discret mais chargé de sens.

Avec cette première proposition, Maria Grazia Chiuri ne cherche pas l’effet spectaculaire immédiat. Elle installe méthodiquement une vision collective, intellectuelle et profondément ancrée dans l’ADN de Fendi. Une entrée en matière stratégique qui pourrait bien séduire durablement, aussi bien les clientes historiques que la nouvelle génération.

Enjoy,
Xoxo

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