Il n’a pas grandi avec une Bible dans une main et un appareil photo dans l’autre. Il s’est construit. Lentement. Et sa foi, aujourd’hui centrale dans sa vie, est le fruit d’un vrai tournant intérieur. Pas un dogme, mais une boussole.
Photographe indépendant, passionné d’esthétique, il fait de la mode un terrain d’expression où la spiritualité n’est jamais loin. Dans son œil, il y a de la pudeur, de la douceur et une lumière presque mystique. Et si l’acte de créer était une manière de rendre gloire ?
Hello Précieux, merci de me recevoir aujourd’hui chez toi pour cette interview ! Est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Hello, moi c’est Youth Jewel, de mon vrai prénom Précieux Koudjo. J’ai 26 ans et je suis un jeune photographe franco-béninois basé à Paris. Je suis photographe indépendant depuis maintenant 7 ans.

Tu es très investi dans ta foi. Peux-tu nous dire quel rôle la religion joue dans ta vie quotidienne ?
En effet, comme tu as pu le mentionner, j’accorde une place prééminente à ma foi dans ma vie quotidienne. Comme tu l’as si bien dit, ma foi en Dieu représente littéralement une boussole qui, dans les meilleurs comme dans les plus sombres moments, me guide, me console et me bâtit. C’est également une espérance en l’avenir et en un futur radieux et plein de promesses divines.
Est-ce que ta foi influence ta manière de voir le monde… et donc de le photographier ?
Oui, j’ai une vision du monde très différente. Le prisme que sont mes yeux peut trouver « moche » ce que la plupart des personnes trouvent beau ou attrayant. Il peut m’arriver de ne pas forcément comprendre les messages qui veulent être véhiculés (notamment lors de certaines PFW).
Tu n’as pas toujours été aussi engagé dans ta foi. Qu’est-ce qui a été, pour toi, le déclencheur de ce chemin spirituel ?
Exactement. Pendant très longtemps, j’estime avoir vécu loin de Jésus, ou d’une manière religieuse sans réelle profondeur ni sens à ma vie. Cette belle odyssée qu’a été ma conversion a commencé il y a plusieurs années, dans une période de détresse et d’introspection. J’avais alors 18 ans.
Mon désir de me rapprocher de Jésus a été motivé par la manifestation tangible de son amour profond envers moi. Par ailleurs, j’estime que l’Homme est avide de spiritualité ou d’une quête de sens. Personnellement, je l’ai trouvée dans ma relation avec Dieu.
Est-ce que tu te souviens du moment où tu t’es dit : « ma foi va devenir le centre de ma vie »? Et est-ce que tu te l’es vraiment dit ?
Oui ! Dans la période de détresse dont je parle, il m’est arrivé de demander des signes à Dieu, et il a honoré ma demande à plusieurs reprises. J’ai donc décidé d’en faire ma priorité dans tous les domaines de ma vie, même ceux qui peuvent nous paraître insignifiants.
Quel impact ce changement de vie a eu sur ton regard, ton art, ton rapport aux gens ?
Ce qui est assez particulier dans mon cas, c’est que mon cheminement spirituel a coïncidé avec la période où j’ai commencé la photographie. Naturellement, mon regard était déjà influencé par ce changement. Concernant mon art et mon rapport aux gens, j’ai tout de suite compris que ma foi et mon talent artistique allaient aller de pair et me permettre d’impacter mon environnement.
Tu fais aussi des veillées, des cultes, des louanges… Comment trouves-tu l’équilibre avec ton métier de photographe ?
Il est vrai que ma vie est assez particulière. Je suis très impliqué dans les activités liées à ma foi, notamment à l’église et dans l’écosystème chrétien en général (veillées, cultes, concerts, événements…). J’aime dire que je suis « à mi-chemin entre la Church et la Fashion Week ». Avec le temps, j’ai pu trouver un équilibre entre les deux. Cela n’a pas toujours été facile, mais maintenant je connais mes priorités.
Par ailleurs, j’ai un pasteur bienveillant qui m’a toujours encouragé dans ce don que Dieu m’a donné.
Certains artistes séparent art et spiritualité. Chez toi, c’est lié ?
Je pense sincèrement qu’il est possible de lier les deux. Si beaucoup choisissent d’affirmer leurs valeurs ou leur mode de vie, il est important que chacun puisse l’assumer pleinement s’il en ressent le besoin. Je pense notamment à Christina Ebenezer, une photographe de mode réputée dont j’apprécie le travail, et qui ne cache plus sa foi chrétienne.
Comment tu t’es lancé dans la photo ? C’est quoi ton tout premier souvenir marquant avec un appareil ?
Avant même de commencer la photo, j’avais déjà décelé une fibre artistique en moi. J’aimais beaucoup les visuels chaleureux et colorés. À cette époque, j’avais un ami photographe que je trouvais très talentueux, et qui m’a donné ce goût pour la photographie. Un jour, en revenant de longues vacances à Berlin (une ville très attractive pour les créatifs), ce même ami m’invite sur un shooting. J’ai assisté à toute la séance, et à la fin, j’ai immédiatement compris que je voulais devenir photographe. J’avais 18 ans et aucune passion.
Je me suis ensuite lancé dans un processus de réflexion pour trouver un pseudo, puis est venue la question du choix de l’appareil. C’est à la fin de l’année 2018 que j’ai commencé à prendre mes premières photos.
S/o à Estelle Mithra et Tiwel, deux photographes streetwear qui m’ont beaucoup inspiré à mes débuts.
Qu’est-ce qui t’attire dans la photo de mode en particulier ?
L’esthétique, la capacité à créer et à mettre une image sur une idée ou un projet. Il y a aussi ce côté éditorial, prestigieux et exclusif, qui vise l’excellence avec des visuels très recherchés. Au-delà de ça, la photo de mode touche le quotidien des gens et crée les tendances de demain.






Tu dirais que tu as une “signature visuelle” ? Comment tu décrirais ton univers ?
Après 1 ou 2 ans de carrière, j’ai constaté que ma signature visuelle était très colorée (mais aussi épurée) et chaleureuse. Sur chacune de mes photos, on retrouve cette touche liée à ma direction artistique, en cohérence avec la chromie de la photo de mode.
Est-ce que tu pourrais shooter un projet qui ne colle pas à tes valeurs ?
Honnêtement, non. Je pense que je serais en profond désaccord avec moi-même.
Néanmoins, les voies de Dieu ne sont pas toujours compréhensibles ou anticipables. Peut-être que demain, je travaillerai avec une personnalité qui ne me correspond pas totalement, mais ce sera peut-être pour un but qui me dépasse.
Comment tu choisis les personnes avec qui tu travailles ?
Je peux répondre en deux parties : mon travail est à la fois personnel et professionnel.
Pour les clients, le critère principal est l’alignement avec mes valeurs.
Pour les projets personnels, je choisis des profils qui correspondent à ma direction artistique (style, traits du visage, photogénie, expérience…). Dans ce cas, je contacte moi-même les personnes pour proposer une collaboration. Je vois ces collaborations comme un investissement pour mon portfolio.







As-tu déjà refusé un projet à cause de ta foi ou de tes principes ?
Pas récemment, mais oui. Une fois, j’ai été en désaccord avec un modèle sur la tenue (que je trouvais trop peu pudique). Nous n’avions pas la même vision, donc le projet n’a pas abouti. Sinon, j’ai déjà refusé quelques projets par le passé. Mes principes restent globalement les mêmes.
À l’inverse, certaines personnes sont-elles surprises que tu sois croyant et photographe de mode ?
Pas vraiment pour l’instant. Les réactions sont plutôt positives. Mais je pense que ça arrivera, et justement, j’ai envie de montrer qu’on peut être chrétien dans ce milieu sans se compromettre.
Quelles sont tes influences visuelles ?
Au début, j’étais très influencé par le streetwear parisien, puis par la photo de portrait. Le tournant a eu lieu en 2020, où je me suis plongé dans la photo de mode.
Quelques photographes qui m’inspirent :
- Kulesza_pik
- Damien Le Maire
- Pierre E. Testard
- Joshua Woods
- Mathieu Rainaud
Et côté musique ?
Oui, exclusivement du gospel (rap, RnB, pop, louange…). Je ne pense pas que ça influence directement mes photos, mais j’écoute toujours de la musique en retouchant.
Comment tu gères le contraste entre mode et spiritualité ?
Quand je suis dans certains événements de mode, je sens que ce n’est pas mon environnement naturel. Mais je me dis que mon rôle est d’être une lumière dans ce milieu.
Une journée type ?
- Temps de prière
- Retouche photo
- Préparation
- Shooting
- Puis moments sociaux ou événements
Tu pries avant un shooting ?
Oui, maintenant j’essaie de le faire régulièrement.
Ton rapport à l’argent ?
L’argent n’est pas un problème en soi. Le danger, c’est d’en faire une priorité absolue. Ma foi m’aide à garder des limites.
Ton projet de rêve ?
Travailler avec des marques haut de gamme ou de luxe qui mettent en avant des valeurs fortes, proches de ma vision.
Et dans cinq ans ?
Entouré de talents, avec plusieurs projets, et en vivant pleinement de ma passion.



Une phrase de fin ?
Un petit proverbe pour finir ! Proverbes 18:21 :
« La mort et la vie sont au pouvoir de la langue ; quiconque l’aime en mangera les fruits. »
Notre réussite se conditionne également dans ce que l’on dit de nous ou sur nos
projets !
Merci beaucoup pour cette interview Précieux ! Une vision alignée, un discours carré, une esthétique sincère : Précieux trace sa route à
l’intersection de la foi et de l’image. Pas besoin d’en faire trop quand tout est cohérent n’est-ce pas ?
Découvre son travail sur Insta → @youth.jewel et book ton shoot !
Merci à toi pour l’invitation !
Enjoy,
Xoxo
