C’est un tournant historique pour la maison Marant. Après des décennies à incarner la silhouette parisienne, Isabel Marant révèle ce que beaucoup attendaient avec respect : elle transmet les rênes créatives à Kim Bekker — une collaboratrice de longue date, mais aussi une vision extérieure qui promet de faire vibrer la marque. Cette transition ne se fait pas dans l’ombre : elle s’affirme comme un nouveau souffle, une invitation à repenser l’identité Marant — tout en inchangée dans son essence.
À la fin du défilé SS26 d’Isabel Marant à Paris, quelques jours seulement après l’annonce officielle, Kim Bekker est venue saluer seule sous les applaudissements de la salle. Moment chargé d’émotion, elle incarnait à elle seule la continuité et le renouveau de la maison, symbolisant le passage de témoin et sa nouvelle responsabilité en tant que directrice créative.

Isabel Marant fonde sa maison en 1994, avec une signature stylistique reconnaissable : le mélange du bohème chic, du cool nonchalant, de touches folk parisiennes. Mais pour évoluer, même les maisons les plus iconiques doivent savoir s’adapter. En 2021, pour la première fois, la maison nomme une directrice artistique autre que la créatrice elle-même — une décision lourde de symboles. Kim Bekker, styliste néerlandaise, se voit confier la supervision des collections femmes, hommes et accessoires, tout en travaillant en tandem avec Marant.

Bekker connaît bien la maison : elle y a longtemps officié comme directrice créative, et a été consultante avant de revenir pleinement dans le cercle décisionnel. La créatrice s’est formée à l’Arnhem Academy of Art & Design, avant de faire ses armes chez Saint Laurent et Chloé. Passionnée par la mode en mouvement, elle rejoint finalement la maison Isabel Marant après une rencontre déterminante avec la créatrice en 2006.
Mais ce choix n’est pas un remaniement spectaculaire. Marant insiste : elle ne part pas, elle se repositionne. Elle souhaite s’alléger du rythme féroce de la mode pour se recentrer sur l’expérience retail, la communication, le ressenti des collections. Kim Bekker devient la figure visible du dessin, tout en respectant l’héritage de la maison.
Avec Bekker à la barre, les collections Marant continuent de porter cette poésie urbaine qu’on adore, mais gagnent une nuance plus contemporaine, plus audacieuse. Dans la collection Resort 2026, par exemple, elle mêle motifs floraux à des coupes Victoriennes revisitées, et injecte des éléments western dans une proposition romantique et forte. Elle rappelle elle-même : “Sexiness doesn’t need to be nakedness.” C’est dans l’équilibre subtil qu’elle trouve son terrain.



Kim Bekker incarne aussi ce rôle d’outsider — non-française, avec un œil extérieur, tout en ayant longuement travaillé au cœur de Marant. Selon Isabel, elle lui permet de continuer à penser “Marant”, mais avec un regard renouvelé. Bekker elle-même dit souvent qu’elle porte Isabel dans sa tête quand elle crée, afin de maintenir cette continuité.
Ce que cela change pour la marque — et pour nous
Cette transition est aussi un pari sur la modernité. Sous Bekker, Marant peut se repositionner face aux nouvelles générations, celles qui exigent plus de narration, de durabilité, d’authenticité. On l’a vu déjà : les pièces “wedge” (sneakers compensées emblématiques) ont suscité un regain d’intérêt, prouvant que la maison sait dialoguer avec les codes pop contemporains.
Mais le plus beau dans cette transmission, c’est qu’elle se fait avec douceur. Pas de rupture brusque, mais un glissement organique : Marant ne disparaît pas de l’équation ; Bekker n’efface pas l’identité de la marque. 2026 marque ce moment où l’on ne regarde plus seulement la créatrice, mais le collectif, l’énergie partagée entre la mère d’œuvre et sa relève.






Pour les passionnés de mode, c’est une période excitante : assister à la naissance d’une nouvelle ère pour Isabel Marant, tout en sachant que le cœur — cette nonchalance raffinée, cette élégance impertinente — continuera de battre.
Enjoy,
Xoxo
