Matthieu Blazy n’a visiblement aucune intention de devenir le gardien sage des archives Chanel. Un an après son arrivée à la tête de la maison, le créateur continue de fouiller dans son histoire pour mieux la déplacer. Pour le printemps-été 2027, il s’intéresse à Gabrielle Chanel, à ses multiples vies et surtout à une idée qui traverse toute son histoire : la liberté.
Et pour la raconter, il a choisi un symbole plutôt évident une fois qu’on l’a vu : les oiseaux.

Le 5 octobre, le Grand Palais s’est transformé en immense ciel. Au-dessus du podium flottaient 95 oiseaux lumineux, réalisés à partir de structures en bois recouvertes de papier translucide. Hirondelles, grues, mouettes, canards et autres oiseaux migrateurs semblaient traverser la verrière dans une installation imaginée avec le scénographe Richard Peduzzi. Au sol, une résine aux couleurs presque martiennes donnait l’impression d’observer une étendue d’eau depuis les airs.
L’image n’était pas simplement jolie — elle résumait le propos de Blazy. Les oiseaux symbolisent le mouvement, la migration et surtout cette trajectoire de Gabrielle Chanel qui, étape après étape, s’est libérée des conventions pour construire son propre univers.
Et dès le premier look, le message était posé.
Une robe blanche presque lingerie, légère et transparente, accompagnée d’une fleur en relief au niveau de la poitrine. Mais surtout, au bras du mannequin : le 2.55 original ayant appartenu à Gabrielle Chanel elle-même. Le même sac est ensuite revenu pour clôturer le show, porté par la même mannequin, Dyanira Hurbuscher. Un aller-retour entre la fondatrice et la Chanel de 2026 qui résume assez bien la démarche de Blazy : regarder derrière lui sans jamais rester coincé dans les archives.


Et justement, le créateur ne s’est pas contenté des classiques Chanel que tout le monde connaît.
Il est allé chercher des choses beaucoup moins évidentes dans l’histoire de Gabrielle. Des influences du XVIIIe siècle, des références à Pierrot, aux Ballets Russes et à l’univers d’Édouard Vuillard apparaissent dans les silhouettes. Des cols volantés, des vestes à basques, des corsets et des volumes inspirés de différentes périodes sont ensuite « Chanelisés » avec des couleurs beaucoup plus franches : rouge coquelicot, rose poudré, bleu électrique ou encore jaune.
C’est là que la collection devient particulièrement intéressante.
Parce que Blazy ne cherche plus seulement à réinterpréter le tailleur Chanel. Il cherche à montrer tout ce que Chanel aurait pu être.
Le fameux tweed est évidemment toujours là, mais il se transforme. Cette saison, la maison présente notamment un « smocked tweed », travaillé avec une technique de smocks qui lui permet de s’étirer et de bouger beaucoup plus facilement. Le résultat ressemble presque à du sportswear tout en conservant immédiatement l’identité Chanel.
Et ça change complètement l’attitude du tailleur.
Certaines vestes sont portées ouvertes, directement sur la peau. D’autres sont raccourcies, certaines perdent même leurs manches. Les jupes descendent plus bas sur les hanches, sont fendues devant et derrière ou découpées en panneaux qui accompagnent le mouvement. On est loin du tailleur parfaitement sage posé sur une silhouette parfaitement droite.


La collection joue également énormément avec la transparence.
Des ensembles de jupe et veste en tissus presque translucides sont brodés de fleurs et de perles, tandis que certaines robes semblent avoir été découpées dans plusieurs couches de voile. Le corps est davantage visible, mais sans que la sensualité devienne le seul sujet du look.
Puis les imprimés commencent à se déchaîner.
Tigre rouge et blanc, léopard, zèbre, motifs façon coup de pinceau, associations de couleurs presque volontairement improbables : Blazy mélange les références avec une liberté qui aurait pu être risquée sur une maison aussi codifiée. Et pourtant, c’est probablement ce qui donne à cette Chanel SS27 son énergie la plus contemporaine.
Les accessoires suivent exactement la même logique.
Les fameux escarpins bicolores reviennent dans des versions léopard et tigre, mais aussi bleu pâle et argent. Les sandales prennent des volumes beaucoup plus imposants avec un double C doré XXL, tandis que les sacs matelassés se déclinent dans les classiques noir, blanc et bordeaux mais aussi dans des versions zèbre associées à des couleurs primaires.
Même les oiseaux descendent du plafond pour entrer directement dans la collection : ils apparaissent sur les boutons, les bijoux et certaines broderies, tandis qu’une chaîne dorée ornée de petites hirondelles vient parfois remplacer la fermeture traditionnelle du tailleur.
Et puis, il y a cette manière très Blazy de regarder les jeunes générations.
Le créateur a expliqué avoir été frappé par la façon dont les adolescents s’habillent aujourd’hui : vintage, mélangeant les décennies, les influences et les pièces sans chercher à respecter une période précise. Une liberté stylistique qu’il transpose ici chez Chanel en faisant cohabiter références aux années 1930, 1950 et 1970 avec des pièces qui semblent beaucoup plus actuelles.
Le résultat est parfois glamour, parfois étrange, parfois franchement fun.
Et c’est justement ce qui donne l’impression que Chanel recommence à respirer.
Au premier rang, Dua Lipa, Nicole Kidman et Pedro Pascal étaient notamment présents pour découvrir cette nouvelle collection. Nicole Kidman a également prêté sa voix au show en récitant un passage de Orlando de Virginia Woolf avant que les oiseaux ne commencent leur envol au-dessus du podium.



Et pour terminer, Blazy a fait exactement ce qu’on commence à attendre de lui : casser un peu le sérieux d’une maison qui pourrait facilement devenir trop institutionnelle.
Après le dernier look, le créateur est apparu sur le podium sur « Gimme More » de Britney Spears, pour saluer le public dans une ambiance beaucoup plus pop que cérémonieuse.
Un détail qui pourrait sembler anecdotique.
Mais c’est peut-être justement toute la philosophie de Matthieu Blazy chez Chanel.
Prendre un héritage immense, le respecter suffisamment pour pouvoir le bousculer, mélanger le très chic avec le très pop et surtout rappeler qu’une maison aussi mythique n’a pas besoin de rester figée pour rester Chanel.
Cette saison, les oiseaux ne sont donc pas seulement suspendus au plafond du Grand Palais.
Ils montrent surtout la direction dans laquelle Blazy veut emmener Chanel.
Et visiblement, elle est loin d’être immobile.
Enjoy,
Xoxo
