Telfar Clemens vient probablement de signer l’un des plus gros coups de la Fashion Week de Paris. Alors que son défilé SS27 figurait bien au calendrier parisien, que les invités avaient été conviés à un show au Théâtre Daunou et que tout semblait parfaitement normal, le véritable défilé se déroulait à Brooklyn.
Oui, vraiment.

À Paris, environ 300 invités ont finalement découvert la collection sur un immense écran diffusant en direct le show organisé à New York. Pendant ce temps, à Brooklyn, les clients de la marque assistaient physiquement au défilé… avant de pouvoir se rendre à la gigantesque sample sale organisée au même endroit.
Et évidemment, ce n’était pas une erreur d’organisation.
C’était précisément le concept.
Après avoir fait croire que la marque retournait officiellement à Paris — sept ans après sa dernière présentation parisienne — Telfar a décidé de retourner la logique de la Fashion Week contre elle-même. Pourquoi montrer une collection américaine à Paris uniquement parce que Paris est censée être l’endroit où il faut être ?
Le message était assez clair : la mode n’a pas besoin d’être à Paris pour être importante.
Et surtout, Telfar voulait que ses propres clients soient au centre de l’événement.
Pendant que les invités de la Fashion Week regardaient un écran dans un théâtre parisien, les fans new-yorkais faisaient la queue à Brooklyn depuis parfois plusieurs heures pour assister à la vente et découvrir la collection. Certaines personnes auraient même attendu depuis la nuit précédente. Hello Beautiful
Le contraste est assez délicieux.
À Paris : presse, acheteurs, VIP et industrie de la mode.
À Brooklyn : les gens qui achètent réellement les sacs Telfar.
Et Clemens a évidemment poussé le concept jusque dans la collection.
Pour SS27, le créateur s’intéresse au costume et au vestiaire corporate, mais refuse de les garder propres et parfaitement conventionnels. Les vestes et pantalons sont déconstruits, retournés, parfois portés avec leurs finitions apparentes. Les ourlets restent volontairement bruts et les silhouettes semblent avoir été retournées comme un vêtement qu’on aurait simplement décidé de porter « du mauvais côté ».
Le tailoring se mélange ensuite à un vestiaire beaucoup plus sensuel et urbain.


Chemises à col montant, jupes, bodys, brassières, hoodies et denim composent une garde-robe qui passe sans prévenir du bureau à la nuit. Les imprimés animaliers — notamment léopard et serpent — viennent complètement détruire le sérieux du costume, tandis que des matières brillantes, du jacquard et des chaînes ajoutent une dimension beaucoup plus extravagante.
Le créateur décrit d’ailleurs l’une des directions de la collection comme celle de « day traders » bien habillés qui sortiraient ensuite faire la fête.
Et les sacs, évidemment, restent partout.
Mais Telfar a aussi profité de SS27 pour rappeler qu’il est beaucoup plus qu’une marque de sacs. Une inscription particulièrement claire apparaissait sur certains looks : « I’m more than a bag ».
Le message est difficile à rater.
Depuis que le Shopping Bag est devenu l’un des accessoires les plus reconnaissables de la marque — notamment après avoir été choisi par Oprah parmi ses « Favorite Things » en 2020 — Telfar a toujours dû composer avec cette réputation de « marque de sacs ». Pour SS27, Clemens semble vouloir définitivement élargir le terrain de jeu.
Cela ne veut évidemment pas dire que les sacs disparaissent. Bien au contraire.
De nouveaux modèles apparaissent, notamment une forme inspirée d’une queue de renard, tandis que les looks de fin de défilé annoncent également un nouveau sac qui devrait arriver l’année prochaine.
Mais la véritable nouveauté se trouvait peut-être après le show.
Dans le cadre de la sample sale de Brooklyn, Telfar a lancé Bag Redemption, un programme permettant aux clients de rapporter d’anciens sacs de la marque en échange d’un crédit pouvant aller jusqu’à 100 dollars à utiliser sur les produits disponibles. Et là encore, le choix est loin d’être anodin.
Alors que le système de la Fashion Week fonctionne traditionnellement autour de l’exclusivité, de l’invitation et de la hiérarchie entre professionnels et public, Telfar fait exactement l’inverse : il donne quelque chose à ceux qui sont réellement là pour la marque.
Même le lieu parisien était presque devenu une blague.
Le Théâtre Daunou avait été préparé comme un véritable show : rideaux bleu Lanvin, invités installés dans leurs sièges, ambiance très Fashion Week. Puis l’écran s’est allumé et New York est apparu.
Difficile de faire plus Telfar.
Et finalement, cette SS27 n’est peut-être pas tant une collection sur Paris ou New York qu’une réflexion sur qui décide de ce qui mérite d’être considéré comme de la mode.
Telfar Clemens a toujours construit sa marque autour de l’idée que la mode devait être accessible, communautaire et débarrassée de certaines frontières imposées par l’industrie. Cette saison, il ne s’est pas contenté de le dire.
Il l’a littéralement mis en scène.
Paris a eu le spectacle. Brooklyn a eu le défilé. Et Telfar a eu les deux. On adore.
Enjoy,
Xoxo
