Jonathan Anderson continue de démonter Dior, mais cette fois avec une délicatesse presque trompeuse. Pour le printemps-été 2027, le créateur britannique s’attaque à l’un des fondements de la maison : sa silhouette ultra-structurée. Et plutôt que de la reproduire à l’identique, il choisit de lui enlever du poids, de la rigidité et même une partie de sa symétrie.

Présentée hier, le 29 septembre dans les jardins des Tuileries, la collection a été imaginée autour d’une question simple : jusqu’où peut-on pousser la légèreté d’un vêtement ? Le décor semblait répondre avant même le premier look : brume, bassin, arbres de camphre et silhouettes flottant littéralement au-dessus de l’eau.
Mais le véritable point de départ était beaucoup plus inattendu : deux noix.
Glissées dans les invitations, ces noix wénwán font référence à une tradition chinoise consistant à les faire rouler dans la paume de la main. À force d’être manipulées, elles développent une patine brillante et deviennent des objets précieux. Anderson s’est intéressé à cette transformation progressive, à cette idée qu’une imperfection naturelle peut devenir quelque chose de beau avec le temps.
Et cette obsession de la nature traverse toute la collection.
Le New Look de Christian Dior est toujours là, mais il semble avoir été passé dans un filtre beaucoup plus léger. Les vestes Bar perdent leur rigidité, les tailleurs deviennent presque transparents et les jupes abandonnent leurs volumes historiques au profit de matières qui bougent au moindre courant d’air. Anderson reprend donc les codes de Dior pour mieux les dérégler.
Le tailoring, notamment, devient presque fantomatique.
Des vestes en chiffon transparent sont portées avec des jupes extrêmement fines, tandis que le prince-de-galles, les rayures et le tartan sont tellement allégés qu’ils semblent flotter autour du corps. Même les pièces les plus classiques perdent leur côté strict.
Et puis il y a les fleurs.
Pas question de simplement imprimer quelques bouquets sur les vêtements. Anderson découpe des pétales à la main et les applique directement sur les vestes, les mini-jupes et les robes. Certaines silhouettes donnent ainsi l’impression d’avoir été littéralement recouvertes de fleurs qui pourraient s’envoler à tout moment.
Le travail sur l’asymétrie est également central. Une robe peut avoir un ourlet plus long d’un côté, un revers de veste est volontairement décalé, une chemise parfaitement classique se retrouve déséquilibrée par une cascade de mousseline. Même les accessoires refusent parfois la symétrie parfaite : les boucles d’oreilles deviennent des compositions de pétales portées sur une seule oreille.
Cette idée permet surtout à Anderson de continuer son dialogue avec l’histoire de Dior sans transformer la collection en exercice d’archives.
La célèbre robe La Cigale de 1952 est notamment réinterprétée dans une version rose bonbon en tulle plissé, tandis que le pied-de-poule, introduit dans le vocabulaire de la maison dès les premières années de Christian Dior, revient sous forme de manteaux vaporeux et de vestes raccourcies. Le Saddle Bag fait également son retour sur le podium.
Mais Anderson ajoute évidemment ses propres obsessions.
Des chaînes de corps métalliques descendent sur les torses comme des câbles, des pantalons prennent des effets métallisés presque surréalistes et certains détails jouent volontairement avec l’étrangeté. Même dans cette collection très romantique, le créateur refuse donc de devenir complètement sage.
Et c’est probablement ce qui fait fonctionner le tout.
Parce que derrière les fleurs, les transparences et les tons pastel, il y a une volonté assez claire de sortir Dior de son image de féminité parfaitement maîtrisée. Le corps apparaît davantage, les vêtements bougent, les proportions se dérèglent et certaines silhouettes donnent presque l’impression d’avoir été mises en place à la dernière minute.
Une esthétique beaucoup plus relâchée que celle du Dior historique, sans pour autant abandonner son romantisme.
La collection était également dédiée à Mathilde Favier, figure historique des relations publiques de Dior, disparue en août dernier. Son goût pour le mélange entre sophistication et spontanéité aurait notamment inspiré l’esprit de cette collection.
Et forcément, le front row était à la hauteur. Rihanna, Jennifer Lawrence, Rosalía, Camille Cottin, Anya Taylor-Joy et Cynthia Erivo figuraient notamment parmi les invités venus découvrir ce nouveau chapitre de Dior.








Après plusieurs collections passées à déconstruire puis reconstruire l’héritage de Dior, Jonathan Anderson semble donc avoir trouvé une nouvelle direction : ne plus chercher à rendre la maison plus spectaculaire, mais plus légère.
Le New Look est toujours là. Il a simplement arrêté de tenir aussi droit.
Enjoy,
Xoxo
