Il y a des défilés où l’on comprend immédiatement l’intention de la collection. Et puis il y a ceux où l’atmosphère compte autant que les vêtements. Chez Shiatzy Chen, pour le printemps-été 2027, les deux étaient indissociables.

Invités au show parisien, nous avons découvert « In Accord », une collection entièrement pensée autour de l’orchidée. Présentée ce jour, le 5 octobre pendant la Fashion Week de Paris, elle ouvre un nouveau chapitre pour la maison taïwanaise, qui consacrera toute l’année 2027 aux « Quatre Gentlemen » de la culture orientale : orchidée, bambou, chrysanthème et prunier. Après le bambou exploré lors du Resort, c’est donc l’orchidée qui prend ici le relais.
Et pour une fois, le mot « inspiration » ne signifie pas simplement imprimer une fleur sur vingt robes.
Chez Shiatzy Chen, l’orchidée est plutôt une manière de penser la silhouette. Sa façon de pousser, de s’étendre, de prendre de l’espace sans jamais sembler forcée devient le fil conducteur de toute la collection. La fleur n’est donc presque jamais représentée littéralement : elle se devine dans les lignes, les volumes et surtout dans le mouvement des matières.
Le résultat est étonnamment contemporain.
Les silhouettes s’allongent, les vêtements se superposent et les proportions deviennent plus fluides. Chemises, vestes et jupes sont portées en couches successives, tandis que certains cols sculpturaux viennent entourer les épaules et le cou comme des pétales en train de s’ouvrir.
L’A-line reste présente, mais elle n’est jamais figée. Les vêtements gardent une vraie structure tout en donnant une impression de légèreté, notamment grâce à des matières souples et transparentes qui permettent au corps de rester constamment en mouvement.
Même les imprimés floraux refusent le côté trop littéral. L’« Orchid Archive », les franges de sequins et les perforations laser évoquent davantage les racines aériennes et les mouvements de la plante que sa simple apparence.
La palette, elle aussi, évolue comme une orchidée au fil des saisons.
Bleu cobalt, rose pêche, crimson, orange brûlé et vert botanique se mélangent dans des associations parfois très franches, parfois beaucoup plus discrètes. Les motifs d’orchidées apparaissent notamment dissimulés dans certains carreaux, comme un détail que l’on découvre seulement en regardant la silhouette de plus près.
Et côté homme, la maison ne change pas de langage.
Les proportions s’allongent, les vestes raccourcissent tandis que les chemises s’étendent sous elles. Les imprimés botaniques prennent de l’ampleur et les matières transparentes jouent avec les niveaux d’opacité. Les chemises fleuries en relief apportent une dimension presque sculpturale au vestiaire masculin.
Le tailoring reste précis, mais il n’a rien de rigide. Les mailles et les textures viennent au contraire donner du mouvement à des pièces beaucoup plus structurées.
Les accessoires poursuivent évidemment cette histoire botanique.
Les chapeaux se déclinent en paille, les éléments en bambou reviennent sur les sacs et les fermoirs prennent des allures de jade. Les sacs baguette allongés sont notamment reconnaissables à leurs poignées inspirées des articulations du bambou, tandis que des détails façon jade viennent ponctuer les silhouettes.
Même les chaussures continuent de faire pousser l’orchidée jusque sous nos pieds : sandales en cuir fleuries, découpes, brides et fermoirs évoquant les tiges de bambou prolongent le vocabulaire naturel de la collection.
L’idée n’est pas de représenter l’orchidée au moment précis où elle est parfaitement fleurie. Au contraire, Shiatzy Chen s’intéresse à ce qui se passe avant et après : les lignes qui se déploient, les espaces entre les éléments, le mouvement et le temps nécessaire pour qu’une chose trouve naturellement sa forme.
Une philosophie que l’on ressentait également dans le show lui-même. La lumière, les ombres et les différentes couches de matières semblaient suivre une chorégraphie extrêmement calme. Rien ne cherchait à arriver trop vite.
Et c’est probablement ce qui rend cette collection aussi agréable à regarder.
Dans une Fashion Week où beaucoup de maisons cherchent à provoquer immédiatement une réaction, Shiatzy Chen prend le parti inverse : ralentir.
Pas besoin de tout montrer.
Pas besoin de tout expliquer.
L’orchidée pousse à son propre rythme.
Et pour SS27, Shiatzy Chen semble vouloir faire exactement la même chose.
Enjoy,
Xoxo
