Près de dix ans après la signature de leur première charte commune, LVMH et Kering annoncent de nouvelles mesures pour renforcer la protection des mannequins. Parmi les changements les plus importants : l’âge minimum passe à 18 ans pour représenter des adultes lors de défilés et de séances photo. Une évolution qui s’inscrit dans une révision plus large des conditions de travail au sein de l’industrie de la mode, alors que les questions de sécurité, de harcèlement et de diversité restent au cœur des débats.

En 2017, LVMH et Kering avaient décidé d’unir leurs forces autour d’une charte consacrée aux conditions de travail, à la santé et au bien-être des mannequins. Une initiative commune notable pour deux groupes concurrents, à la tête de nombreuses maisons de luxe. Près de dix ans plus tard, les deux acteurs annoncent une version renforcée de cet engagement, avec de nouvelles règles destinées à mieux encadrer les pratiques du secteur.
Le changement le plus visible concerne l’âge. Jusqu’ici, la charte de LVMH fixait à 16 ans l’âge minimum des mannequins recrutés pour représenter des adultes, tandis que Kering avait déjà relevé son propre seuil à 18 ans en 2019. Les deux groupes adoptent désormais une règle commune : les mannequins devront avoir au moins 18 ans pour incarner des adultes lors de défilés ou de séances photo.
Cette précision est importante : la mesure ne constitue pas une interdiction générale de toute activité de mannequinat avant 18 ans. Elle concerne spécifiquement les situations dans lesquelles les mannequins représentent des adultes dans le cadre des défilés et des shootings couverts par la charte.
Les nouvelles dispositions entreront en vigueur dès la prochaine Fashion Week de Paris, en 2027. Elles s’appliqueront aux maisons signataires et s’accompagnent d’engagements plus larges concernant la sécurité, le respect et la dignité des personnes qui travaillent devant l’objectif ou sur les podiums.
Au-delà de l’âge, la nouvelle charte renforce les engagements des deux groupes contre toutes les formes de harcèlement, d’abus et de violence. Les comportements concernés comprennent notamment les violences physiques, psychologiques et verbales, ainsi que les violences sexistes et sexuelles. Les équipes impliquées dans les castings, les défilés et les séances photo devront bénéficier d’actions de sensibilisation et de formation.
La révision prévoit également un encadrement plus strict des situations de nudité ou de semi-nudité lors des productions. Un accord préalable et formel du mannequin devra être obtenu, tandis que des espaces dédiés permettront de se changer à l’abri des regards. Autre règle : un mannequin ne devra pas se retrouver seul avec un membre de l’équipe de production dans ces circonstances.
Les procédures de signalement seront également renforcées. Les mannequins devront pouvoir rapporter un comportement inapproprié à tout moment de leur collaboration, avec des garanties d’anonymat et de protection des témoins. Pour que ces engagements ne restent pas uniquement théoriques, les groupes prévoient par ailleurs des contrôles et des audits inopinés sur les lieux de travail.
Ces mesures répondent à un enjeu essentiel : garantir que les personnes qui participent à une production de mode puissent travailler dans un environnement où leur consentement, leur intégrité et leur sécurité sont respectés. L’objectif affiché est de mieux encadrer les pratiques, depuis les castings jusqu’aux conditions de travail sur les plateaux et en coulisses.
La charte conserve également des dispositions portant sur la santé et le bien-être des mannequins. Elle maintient notamment des repères de taille minimale : les agences ne doivent pas présenter de mannequins dont la taille est inférieure au 34 pour les femmes et au 44 pour les hommes. Les mannequins doivent aussi avoir accès à une alimentation et à des boissons saines, équilibrées et adaptées à leurs besoins pendant les défilés et les séances photo.
Les conditions de travail sont également concernées. Les agences doivent communiquer clairement aux marques les horaires de travail applicables afin de permettre le respect des temps de repos. La charte prévoit en outre un engagement en faveur d’une rémunération équitable, ainsi qu’un accompagnement permettant aux mannequins de préparer la suite de leur parcours professionnel grâce à des formations adaptées.
Enfin, les deux groupes réaffirment leur volonté de lutter contre les discriminations et les stéréotypes dans les processus de sélection. La diversité des profils doit être respectée et mieux représentée, tout en tenant compte de la liberté artistique propre à chaque maison.
Si cette révision marque une nouvelle étape dans les engagements de LVMH et de Kering, elle soulève aussi une question plus large : quelle sera sa portée sur l’ensemble de l’industrie de la mode ? Les deux groupes possèdent un poids considérable dans le secteur, mais l’efficacité de ces mesures dépendra aussi de leur application concrète et de la capacité des différents acteurs à faire évoluer leurs pratiques.
L’annonce intervient alors que les débats autour de la santé des mannequins, des standards corporels et des conditions de travail continuent d’accompagner les Fashion Weeks. En renforçant leur charte, les deux groupes affichent leur volonté de mieux encadrer ces enjeux. Reste désormais à voir comment ces engagements seront appliqués sur le terrain et dans quelle mesure ils contribueront à faire évoluer durablement les pratiques du secteur.
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